État des lieux subjectif : que se passe-t-il autour de Taksim/Gezi ce soir ? #occupygezi

Contexte

J’étais en train de partir à Copenhague retrouver un ami pour tourner le remake de No Sex Last Night de Sophie Calle quand les événements ont commencé à Istanbul (le week-end du 30 mai). Je n’ai pas annulé, j’ai essayé de suivre à distance comme j’ai pu (Twiter, skype avec ma mère, mails, articles), mais c’était super frustrant d’avoir la conviction qu’il se passait quelque chose d’historique chez moi, précisément en bas de chez moi (j’ai grandi près de Taksim), et ne pas y/en être. J’ai décidé que dès que je pouvais, sans complètement chambouler mon boulot, je devais y aller. Rentrée lundi soir de Copenhague, pas pu partir avant ce soir, jeudi 6 mai.

Premières impressions, de loin

Avant même d’arriver ce soir, voilà ce que je me disais et les questions que je me posais : [attention subjectif et basé sur des connaissances hyper partielles de l’histoire turque]

– C’est historique, c’est sûr. La Turquie a connu des moments d’instabilité politique, comme on dit, le pays était à feu et à sang, mais dans les légendes entendues, je n’ai pas souvenir de moments de telle euphorie collective. Il s’agit plutôt (en gros), de guerres civiles, de militants de droite et de gauche qui s’entretuent, puis paf, un coup d’État militaire, des disparus, des pendus, de la torture. En toute impunité. Les derniers combats de grande ampleur étaient sans doute kurdes, et aussi dans les prisons. N’ont jamais mobilisé en dehors des personnes concernées plus ou moins directement, il me semble.

– Oui, ça change quelque chose (notamment les échelles de temps) que ce mouvement se passe à l’ère des réseaux sociaux numériques, oui, ça change quelque chose de pouvoir rameuter de l’aide instantanément sur Twitter ou de partager des photos de mariés sur les barricades. Et puis, des barricades, je voulais voir des barricades de mes propres yeux.

– Ce qui me paraissait très nouveau était cette solidarité qui s’est développée entre (disons) les gauchistes et écolos qui se sont mobilisés pour le parc de Gezi (usual suspects) et les gens qui n’ont pas l’habitude de se battre/manifester/faire grève (droits extrêmement limités en Turquie depuis le coup d’État de 1980, et peut-être même avant), des gens de tous âges, les commerçants se mobilisant pour venir en aide aux blessés (coups, jets d’eau sous pression, gaz lacrymo et peut-être gaz poivre ?), des grands hôtels ouvrant leurs portes à ceux qui fuient la police. Que s’était-il passé ? Sans doute la violence et le disproportion de la répression policière, et peut-être le ras le bol depuis des années d’un autoritarisme croissant et s’installant au pouvoir, sans avoir l’intention d’en bouger ont-ils décidé la majorité silencieuse à résister, passivement, puis activement.

– Enfin, interrogation sur ce parc. Il me paraissait condamné depuis qu’on a entendu parler des projets concernant la place Taksim et le parc de Gezi (zéro concertation, pas beaucoup de communication), malgré la mobilisation qui s’est mise en place, régulière (rencontre tous les samedis, je republierai les photos dès que possible), mais très peu nombreuse (disons une cinquantaine de personne en moyenne). Le cas de Taksim paraissait encore plus perdu avec le début du chantier fin décembre dernier, et ce, dans l’indifférence générale (en tout cas, pour ce qui était visible). Très rapidement, un pont dessiné/construit par l’architecte français Henri Prost et qui reliait le parc de Gezi à un autre parc à côté a été détruit sous prétexte que les machines du chantier ne passaient pas en dessous. Pont presque aussi vieux que la République turque (fondée en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk ; Prost a travaillé sur la Turquie de 1936 à 1951). Zéro mobilisation. Comme un cauchemar.

– Quand j’ai quitté Istanbul le 26 mai dernier, rien ne laissait penser que cet énorme et déprimant chantier allait soudain poser problème, qu’une mobilisation allait se monter contre lui et contre le reste.

Impressions de « ce soir »

barricade vers lhotel

Diverses barricades (le tout sur quelques centaines de mètres)

barricade sur cumhuriyet caddesis

1ere barricade dans ma rue autre barricade

Je suis arrivée à l’aéroport d’Istanbul environ 1h avant le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan qui revient de Tunisie, il y avait du monde mobilisé par le gouvernement à coups de sms (voir Twitter) qui était là pour l’accueillire, gros souk. La navette Havatas ne pouvant pas accéder à Taksim du fait des barricades, il nous a laissés à Kasımpaşa, et de là j’ai pris un taxi. Arrivée chez moi à 1h du matin (heure turque). Deux des amis que j’ai contactés étant pour l’un rentré chez lui, et l’autre, à Ankara pour bosser pour le NY Times (yeah !), je me décide à sortir me balader seule. Mon tour a duré de 2h à 3h du matin. J’ai fait un tour du parc de Gezi d’abord (je dois le traverser de chez moi pour aller à Taksim), puis un tour à Taksim.

Ce que j’ai vu, c’est que le parc de Gezi est le théâtre actuellement d’une ambiance difficile à décrire, que je n’aurais voulu rater à aucun prix. Il y a des tentes partout, beaucoup de gens dorment, d’autres entonnent des chants révolutionnaires, certains lisent des livres, et enfin il y a clairement des badaux qui se baladent. De nombreuses personnes (non éboueurs) ramassent les poubelles et passent le balai. Chaque association/parti politique/syndicat a son stand/sa tente. Les féministes, les chambres profesionnelles des avocats et des urbanistes/architectes. Une pharmacie en plein air. Une distribution de couvertures. Un coin infirmerie. Une télé locale (Gezi TV). Des expositions de photo. Il y a des parcs éphémères pour les enfants, un ciné club (ils étaient en train de montrer le Dictateur de Chaplin), au moins 2 bibliothèques. Et pour ajouter à l’ambiance de kermesse, des vendeurs de köfte, de riz/poulet, de maïs, de bières, d’eau un peu partout. Des banderoles et des affiches décorent tous les arbres. Des pancartes improvisées sur un carton, et d’autres imprimées de façon pro. À mon gout, la seule chose qui manque est un atelier de sérigraphie pour produire des affiches et des t-shirts.

Ambiance pas seulement de kermesse, mais aussi de zone autonome/autogérée. Chacun est installé dans son coin, je ne sais pas comment s’est fait la répartition, mais ça semble très tranche de vie communautaire. On sent le temps suspendu. Tout le monde doit avoir conscience que c’est une parenthèse enchantée dans leur vie, qu’ils seront ravis de le raconter à leurs enfants, mais que ça ne pourra pas durer. C’est quand même l’anarchie (moi, j’adore, hein), des gens partout, une zone où la police n’accède pas (depuis quand ?).

Ma conclusion (provisoire)

Les militants venus accueillir le PM scandent « un mot de toi et on marche vers Taksim les déloger », si ce n’est eux, ça sera la police bientôt. C’est trop beau pour durer, j’ai peur. A force, il est 4h à Istanbul, je me couche avant que le jour ne se lève. Salut à tous !

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6 réflexions sur “État des lieux subjectif : que se passe-t-il autour de Taksim/Gezi ce soir ? #occupygezi

  1. Cala dit :

    Merci de nous tenir informéEs :-)

  2. Yasmilady dit :

    Sympa le témoignage, on attend plus d’impressions les jours qui arrivent!

  3. Yasmilady dit :

    A reblogué ceci sur Histoires d'une idéaliste and commented:
    Témoignage par mon amie Elifsu en direct d’Istanbul. #occupygezi

  4. kaplan dit :

    Il y a des preuve concrète que des lobis externe on voulu faire un coup d’état en Turquie avec la participation de quelque famille qui détienne le secteur de la finance, la plus part des occupant de GEZI sont des terroriste notamment le DHKPC qui a fait explosé une bombe devant l’ambassade de USA, une petite minorité sont vraiment des écolo voyons 1 peux clair la croissance de la Turquie pour le dernier trimestre est de 3% ce qui est plus que la somme de 17 pays de UE, le projet de la plus grande aéroport du monde 46 milliard de $,l’accord de centrale nucléaire avec le japon ,le 3 pont sur le Bosphore,un canal à Istanbul pour by passées les conventions de montueux,…tous les arguments pour faire peur au puissance mondiale.

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