Archives de Catégorie: académique

Message à la communauté enseignante de Sciences Po #pigeonsdevacataires

Voilà le mail reçu (il est en ligne ici) :

Les liens des réponses de Sciences Po : Introduction, 1ère et 2ème parties, 3ème partie.

Je n’ai pas eu le temps de vous détailler toutes les mésaventures que j’ai eues avec Sciences Po Paris depuis que j’y enseigne, j’en ai évoquées certaines sur twitter, mais la seule chose qui m’intéresse, car c’est la seule chose que je connais, c’est le scandale des vacations : l’institution repose sur un pool de volontaires attirés par le prestige de Sciences Po Paris qui sont prêts à accepter n’importe quelle condition pour y enseigner.

Ce qui ne peut que perpétuer le modèle. Et je le dis alors que j’ai fait partie du système. Tu crois toujours que tu vas pouvoir changer quelque chose quand tu es à l’intérieur. Et que tu connais bien le directeur scientifique. Mais en fait, non.

Ça commence à se voir par les étudiants : depuis qu’ils payent et grâce à la mobilité, ils comprennent qu’on se fout de leur gueule, qu’on brade tout, qu’on fait au moins cher. Ils me le disent quand je croise parfois des anciens.

Si un jour j’ai le temps, j’essayerai de détailler. Mais je n’y crois pas trop. Et vous non plus ;-)

Des prénoms à la mode en Turquie ?

Par Elifsu Sabuncu et Baptiste Coulmont (billet publié en même temps sur les deux blogs)

L’INSEE turc Turkish Statistical Institute met à disposition deux fichiers donnant le rang des 100 premiers prénoms, depuis 19501.

La belle longévité de certains prénoms, la mort d’autres

Certains prénoms connaissent une belle longévité : Zeynep, prénom féminin, est dans le «top 10» de 1950 à 2010 ; Mehmet, prénom masculin, est presque constamment le prénom le plus donné. On le voit assez facilement dans le graphique suivant, qui donne le rang de quatre prénoms masculins et quatre prénoms féminins depuis 1950 en Turquie.

Mais cette image de grande stabilité est trompeuse. On voit déjà que Elif, prénom féminin, connaît un succès grandissant, et que Hasan, prénom classique, a tendance être de moins en moins donné (relativement aux autres).

Et l’on pourrait tout aussi bien, comme nous le faisons dans le graphique suivant, insister sur les abandons. Certains prénoms, très populaires dans les années 1950, quittent le palmarès, abandonnés par les parents, qui ne nomment plus leur fille, ni leur garçon, ainsi.

Ainsi Serife disparaît du «top 100» avant 2000, et Bayram, prénom masculin, un peu après 2000. Visiblement, tous les grands-pères et toutes les grands-mères n’arrivent pas à transmettre leurs prénoms. En Turquie comme en France, les prénoms des vieux ne sont plus toujours les prénoms des plus jeunes.

Sous la stabilité, de nombreux mouvements

Les abandons (c’est à dire des prénoms qui passent sous la barre du 100e rang) sont très fréquents. Pour les filles : seuls 12 prénoms dans le «top 100» de 1950 sont encore présents dans le «top 100» en 2010 : Zeynep, Elif, Zehra, Fatma, Meryem, Ayşe, Medine, Hatice, Rabia, Emine, Melek, Esma. Les 88 autres prénoms de 2010 sont des prénoms « neufs » (ou peut-être, comme en France, d’anciens prénoms revenus au goût du jour2). Il en va de même pour les garçons, même si les changements sont un peu moins rapides (En 2010, il reste encore 29 prénoms présents en 1950, Yusuf, Mustafa, Mehmet, Ahmet, Ömer, Ali, Ibrahim, Hüseyin, Hasan, Ismail, Hamza, Abdullah, Ramazan, Murat, Mehmet-Ali, Salih, Yakup, Osman, Kadir, Bilal, Halil, Mehmet-Emin, Abdülkadir, Halil-Ibrahim, Süleyman, Musa, Adem, Mahmut et Isa).

Cette première différence entre garçons et filles est importante : en Turquie, tout comme dans les autres pays européens pour lesquels l’on dispose de données, les prénoms des filles se renouvellent plus vite que les prénoms des garçons. Les parents turcs en Turquie, aussi bien que ceux nés en Turquie mais immigrés en Allemagne ou en France, se permettent de donner aux filles des prénoms ayant une « carrière culturelle » plus courte que celle des prénoms masculins. Il y a plus d’inertie associée aux prénoms donnés aux garçons.

Si des prénoms disparaissent, il faut bien que d’autres les remplacent. Et ils ne sont pas remplacés par des prénoms aussi « classiques ». Les Turcs ont bien l’équivalent de nos « Martine » (1950-1960), « Aurélie » (1980-1990) ou « Manon » (1990-2000), prénoms générationnels qui connaissent un engouement très rapidement suivi par un désintérêt.

Le graphique montre bien le succès éphémère de quelques prénoms : Tuǧba pour les filles, ou Emrah pour les garçons ne restent pas longtemps au sommet du classement. Un prénom comme Sıla semble arriver de nulle part et disparaître aussi vite : il semble lié à la diffusion d’une série de télévision du même titre, dans lequelle une pauvre fille est recueillie par une famille riche d’Istanbul (vidéo ici)

Certains prénoms, qui se trouvent dans le «top 10» en 2009, n’ont que quelques années de popularité réelle : Ecrin (qui viendrait de l’arabe, et qui se prononce «edjrine»), Irem, Merve, Yaǧmur, Eylül et Nisanur pour les filles, Yiǧit ou Arda pour les garçons.

De la mode, donc !

Le cas turc est intéressant. L’étude des variations temporelles de la popularité des prénoms s’est appuyée sur les exemples de pays comme les Etats-Unis, la France, les Pays-Bas… pour lesquels un état civil ancien permettait de repérer des phénomènes de mode. Rares sont les travaux à avoir essayé d’observer les mêmes phénomènes dans des pays, disons «extérieurs au G7». Dans les études portant sur les conséquences de la migration sur le choix des prénoms, il est parfois écrit que les prénoms des immigrés et de leurs enfants sont « traditionnels », comme si, dans « leurs pays », il n’y avait que « tradition ».

This corresponds to the results of Lieberson (2000), and Sue and Telles (2007), who have reported a higher use of more traditional (ethnic) first names for boys than for girls in Mexican-American families. This gender difference in naming is not easy to interpret. One possibility is that parents want traditions to be continued primarily by their male offspring.

Becker, B. [2009], Immigrants’ emotional identification with the host society. Ethnicities, 9[2],  p.200-225.

Oftentimes, ethnic groups voluntarily give up their traditional first names and adopt names of the dominant ethnic group without state intervention.

Gerhards, J. & Hans, S. [2009], From Hasan to Herbert: Name-Giving Patterns of Immigrant Parents between acculturation and Ethnic Maintenance. American Journal of Sociology, 114[4], p.1102-1128.

De ce fait, il est implicitement sous-entendu que les pays à majorité musulmane (ou, plus largement, les pays d’émigration) auraient des « prénoms traditionnels » (Ali, Mohamed, Fatima…), qui, en plus, seraient hérités de (grand-)père à (petit-)fils. Ces pays ne connaîtraient pas la mode… et le fait de porter des prénoms ressemblant à des prénoms « musulmans » serait une preuve d’attachement à des « traditions ».

De rares travaux ont montré que ce n’était pas le cas, la mode n’est pas une spécificité occidentale. Et l’on peut, en cherchant bien, disposer maintenant de données statistiques au niveau national, qui le prouvent.

Peut-on repérer autre chose ?

Accessoirement, les données turques permettent d’autres interprétations. Par exemple, le succès récent de Muhammed (que l’on voit dans le graphique précédent), semble remplacer Mehmet. Si l’on fait l’hypothèse que Mehmet, forme turquisée de “Mohamed », pouvait être lié au nationalisme des parents (préférant des prénoms “turcs » pour leurs enfants), alors on peut supposer que Muhammed est donné par des parents plus islamistes que nationalistes (ou trouvant désuet le recours à une forme éloignée de l’arabe).

Un premier classement des prénoms origine etymologique (« arabe », « turc », « persan »…) donne des résultats incertains (ci-dessous, pour les prénoms des filles). Les prénoms « turcs » (en bleu) ont tendance à être de moins en moins nombreux dans le « top 100 », alors que les prénoms « arabes » se maintiennent. Apparaît très visible, en revanche, l’augmentation du nombre de prénoms « difficiles à classer », prénoms neufs ou sans ancrage.

Sources et bibliographie
Données turques :
http://tuik.gov.tr/PreIstatistikTablo.do?istab_id=1331
#filles
et
http://tuik.gov.tr/PreIstatistikTablo.do?istab_id=1332
#garçons

Aslan, S. [2009], Incoherent State: The Controversy over Kurdish
Naming. European Journal of Turkish Studies, [10]. Available at: http://ejts.revues.org/index4142.html
[Consulté août 16, 2011].

Bulliet, R.W. [1978], First Names and Political Change in Modern
Turkey. International Journal of Middle East Studies, 9[4], p.489-495.

Borrmans, M. [1968], Prénoms arabes et changement social en Tunisie.
IBLA, revue de l’Institut des Belles Lettres Arabes, 121, p.97-112.

Notes
1 Ces données ne représentent pas directement les naissances, mais les personnes nées une année donnée, et encore vivantes vers 2009. Nous allons faire ici comme si ces données étaient assez fidèles aux naissances.
2 Mais pour le savoir, il faudrait disposer de données remontant aux siècles précédents. Les spécialistes d’histoire turque nous renseigneront en commentaire.

Mon papier est sorti ! PLoS Medicine: Significant Reduction of Antibiotic Use in the Community after a Nationwide Campaign in France, 2002–2007

capture écran antibiotiques PLoS Med

PLoS Medicine: Significant Reduction of Antibiotic Use in the Community after a Nationwide Campaign in France, 2002–2007

Repris également sur le site de l’Institut Pasteur*

capture ecran IP sur papier antibios

(vous remarquerez le rafinement des bandeaux d’appels aux dons, et leur diversité, mais on en discutera, peut-être, ailleurs, un autre jour)(peut-être est-ce déjà fait, d’ailleurs)

et, beaucoup moins visible, mais présent aussi sur le site de l’INSERM:

capture inserm comm presse antibios

Mais que font les journalistes ? rien vu dans Le Monde**, Libé** ni…

Heureusement que Le Figaro est là !!

capture ecran figaro papier antibiotiques

(*) Un peu réducteur et très peu sexy comme titre, non ? comment évaluer un programme, hm, bon, ok, mais ce qui compte, ici, ce n’est pas la méthodologie générale (qu’on ne prétend pas donner) mais les (bons) résultats obtenus dans une campagne bien précise et étudiée par une méthodologie rigoureuse et adaptée.

(**) Pas croisé lors de ma lecture quotidienne ni par leur moteur de recherche avec les mots « antibiotique » et « programme »

P.S. Est-ce que la rumeur qui traine chez certains scientifiques comme quoi les pages scientifiques du Figaro sont mieux que celles du Monde, ou celle comme quoi ils ont « mieux » (plus objectifs ? plus bienveillants?) couvert le mouvement des Universités seraient-elles fondées ? Ou est-ce que je commence à devenir de droite ? Je dois sérieusement commencer à récolter les indices qui vont dans ce sens avant qu’il ne soit trop tard voir nouvelle rubrique « comment je suis devenue de droite ».