Archives de Catégorie: comprendre le monde

Où sont les femmes dans le numérique ? #invisibilité

Hier dans l’émission Place de la toile sur France Culture, nous avons entendu l’ami Jean-No se livrer à son autobiographie numérique, « exercice un peu étrange de l’autobiographie numérique, où il s’agit de raconter sa vie sous l’angle de sa relation aux ordinateurs, à l’informatique et à l’Internet, bref au numérique. »

C’était tout à fait intéressant. De l’attendu, du moins attendu, des détails sur l’enfance de Jean-No, de la relation à son père, des Science et Vie qu’ils lisaient en famille, son 1er ordi, le nombre d’ordis chez lui, son boulot de programmeur plus qu’artiste, d’aideur plus que d’auteur.

Nous avons aussi appris à l’occasion, de l’aveu de Xavier de la Porte (@xporte sur Twitter), que cette rubrique de l’émission n’a pour le moment invité que des hommes (« Le point commun de tous ces gens (en plus d’être des hommes, ce qui ne m’honore pas, je le confesse… « ). De fait de cet aveu, je ne peux plus vraiment faire un procès à @xporte (chez moi, faute avouée est à 200% pardonnée ; tandis que faute pas avouée, je suis très énervée), mais je voulais comprendre quand même.

Alors je lui ai demandé via Twitter comment ça s’était exactement passé :

La liste des invités, d’après la page du tag « autobiographie numérique » , dans l’ordre anté-chronologique : Daniel Schneidermann, François Bon, André Gunthert, Tristant Nitot, David Dufresne. Je ne sais pas si je les aurais qualifiés de « personnalités connues de l’Internet français, sans l’être forcément du grand public. » J’ai l’impression que Daniel Schneidermann est surtout un personnage connu de la télé (le bon vieux Arrêt sur image sur la Cinquième (puis France 5) de 1995 à 2007, puis sur internet depuis que la chaîne a arrêté l’émission) et des journaux (Le Monde avant d’être viré sous prétexte d’un article qui demande à la rédaction de répondre aux attaques de Péan et Cohen ; puis Libération depuis) (pour en savoir plus, la page WP de Daniel Schneidermann), plus que de l’internet mais chacun doit avoir sa propre perception, en fonction notamment de son âge et de sa pratique de ces différents médias. 

Jean-No serait donc le 7ème invité. Cette rubrique n’est pas encore trop vieille, et l’animateur a l’air de demander de l’aide :

…alors aidons-le ! Mais en attendant que @xporte nous dise comment ça s’est passé exactement, je me suis mis à sa place : comment j’aurais fait si je devais trouver des invités intéressants à mon émission ?

Comment trouver des femmes ?

On peut demander aux invités. Rien de tel que la co-optation. Les gens se sentent valorisés, de faire partie d’un club sélect. Je suis sûre que Daniel Schneidermann, François Bon, André Gunthert, Tristant Nitot, David Dufresne ou Jean-Noël Lafargue ont plein de noms à conseiller chacun s’ils y mettent un peu de bonne volonté (qui oserait en douter ?).

On peut demander sur Twitter. On est plein. On aime le numérique. On RT. On crowdsource.

On peut demander aux associations et réseaux informels. Par exemple à Girlz in web « réseau des professionnel-le-s du digital et des nouvelles technologies.  »

On peut demander sur les chan IRC. Y en a plusieurs de féministes, forcément plein qui parlent de numériques ou de ses différentes sous-catégories (art numérique, littérature numérique, etc.)

On peut assister à des événements concernant le numérique/le web/l’informatique, à La Cantine, conférences, on peut lire les rubriques techno des journaux/contacter les journalistes, on peut aussi naviguer de liens en liens (effet boule de neige).

[insérer ici d’autres idées que j’espère voir en commentaires]

Voici quelques pistes de « femmes connues de l’Internet français, sans l’être forcément du grand public »

Y a des femmes au Conseil National du Numérique

Au Conseil National du numérique, sur les 4 membres du bureau, il y a 1 femme. Valérie Peugeot.

Mais sur les 25 autres membres, 13 sont des femmes : Nathalie Andrieux, Virginia Cruz, Marylène Delbourg-Delphis, Marie Ekeland, Virginie Fauvel, Audrey Harris, Laurence le Ny, Sophie Pène, Nathalie Bloch-Pujo, Lara Rouyrès, Cécile Russeil, Nathalie Sonnac, et Brigitte Vallée. Ça laisse le choix.

Y a des femmes chez Silicon Sentier

Chez Silicon Sentier, « Association parisienne, soutenue par la ville de Paris, regroupant des sociétés en technologies open source, réseaux, le Web ou la mobilité. »

Membres du CA : 4 femmes (0 membres d’honneur, et seulement une trésorière au bureau…). Mais la déléguée générale est Marie-Vorgan Le Barzic (absente de la page Gouvernance et statut…)…

Y a des femmes qui font de l’art numérique

Y a au moins Albertine Meunier

Y a des femmes qui codent et dont c’est le métier

Y a au moins Sylvie Tissot, voir Anabole

Y a des femmes qui enseignent les humanités numériques

et même que vous en lisez une

Y a des femmes qui se posent des questions sur les jeux vidéos

Y a au moins @MarLard et ça a fait beaucoup de bruit y a pas si longtemps que ça

Y a des femmes qui font de la recherche en informatique

Y a au moins Clémence Magnien au LIP6 à Paris

Y a des femmes qui utilisent des outils numériques pour comprendre l’histoire

Y a au moins Claire Lemercier, voir sa page de profil au CSO et sur Wikipédia

Y a au moins ces femmes, donc y en a plein d’autres. À vos commentaires !

P.S. Croyez-moi j’aurais préféré ne pas avoir à écrire cet article. J’aurais préféré que la question ne se posât pas du tout, ou que des hommes aussi se sentent concernés. Mais voilà, il faut donc en 2013 encore et toujours être féministe. Féministes tant qu’il le faudra. Merci quand même aux garçons à qui j’ai demandé des noms et qui m’en ont trouvé quelques-uns, très vite. Je les laisse finalement les ajouter en commentaires :)

P.P.S. Et puis pourquoi je fais/on fait le boulot de documentaliste à titre gratuit ? Sortir de la facilité, c’est aussi du boulot.

P.P.P.S. Inviter des femmes dans ces occasions, c’est faire qu’il y ait plus de « personnalités connues de l’Internet français ». #CercleVertueux

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La France a-t-elle eu l’Open Access Week qu’elle mérite ? #OAW #OAW13

Acte 1. Avant que n’éclate le #MSWgate

L’Open Access Week, ou semaine du libre accès, c’est, selon le site OpenAccessWeek.org « A global event, now in its 6th year, promoting Open Access as a new norm in scholarship and research. »

On voit dans la page About qu’il est attendu principalement que ce soient des financeurs de la recherche (l’ANR ou le MESR en France ?), des chercheurs, des administrateurs de la recherche, des éditeurs, des étudiants et des bibliothécaires/documentalistes qui l’organisent. D’après la page Wikipédia du projet, ce sont 2 associations américaines qui ont lancé le concept en 2007.

En France en 2013, l’Open Access Week s’est résumé en 1 événement à la FMSH (Paris), 1 à l’EHESS (Paris), 1 événement à l’UPMC (Paris) et 2 événements hors de France. Donc rien à l’échelon national, un événement principalement parisien.

Au premier abord, j’aurais pensé qu’en France un tel événement devrait être organisé par un collectif d’institutions/labos/unités de recherche, du type de ceux à l’origine de la pétition I Love Open Access.

Au lieu de ça, en France, l’OAW 2013 a été organisé par MyScienceWork (MSW), une entreprise qui enferme des articles en accès ouvert derrière une barrière d’inscription. Cela avait d’ailleurs déjà été relevé au mois d’août dernier par un documentaliste sur Twitter :

Cerise sur le gâteau, cette entreprise (MSW) initialement crée en France a récemment installé sa domiciliation fiscale au Luxembourg « tout en ayant une filiale à Paris » (pas forcément pour de l’exil fiscal, le Luxembourg est un beau et généreux pays : il a par ailleurs investi entre 1,2 et 1,5 millions d’euros selon les sources de MSW)

La crème sur la cerise sur le gâteau, ce sont les partenariats publics établis. D’après les logos en bas de page d’accueil,

Capture d’écran 2013-11-02 à 17.17.48

l’événement a pour partenaires de nombreux organismes publics et para-publics prestigieux :

OpenEdition, portail de ressources électroniques en SHS qui regroupe les 4 plateformes : (i) OpenEdition Books (livres), (ii) Revues.org (revues et livres), (iii) la plateforme de blogs Hypothèses (blogs de recherche) et (iv) Calenda, calendrier en libre accès de l’actualité de la recherche en SHS). L’ensemble est développé par le Centre pour l’édition électronique ouverte (le Cléo), un centre mixe CNRS-Université de Marseille-EHESS
– Le consortium Couperin, « de négociation et d’expertise des ressources documentaires électroniques de l’enseignement supérieur et de la recherche français. » (définition WP)
– Les Universités Pierre et Marie Curie (Paris) et du Luxembourg,
– L’URFIST, le service inter-académie de formation à l’information scientifique et technique,
– Le CCSD, unité propre de service du CNRS, qui développe dans l’esprit du libre accès les archives ouvertes Hal, la plateforme TEL (thèses en ligne) et Médihal, ainsi que la plate-forme Sciencesconf.org,
EDPSciences, une maison d’édition,
– L’Institut français, établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) qui a pour mission la promotion de l’action culturelle extérieure de la France
– La FMSH, Fondation Maison des sciences de l’homme, de statut associatif à sa création, mais fondation depuis l’année suivante [mise à jour le 16 nov. 2013, note 1], et servant un peu [mise à jour le 16 nov. 2013:] beaucoup de soutien et de coordinateur à de nombreux projets internationaux [mise à jour le 16 nov. 2013:] et pas seulement :)
– L’EHESS, École des hautes études en sciences sociales, de statut « grand établissement » de recherche et d’enseignement supérieur.

Enfin, le pompon sur la crème sur la cerise sur le gâteau, c’est que le site web de la semaine de l’OA en France (http://www.mysciencework.com/open-access-week) est hébergé chez MSW, au lieu d’un nom de domaine « neutre » et rassembleur où tous les partenaires puissent se reconnaitre, et c’est donc seulement cette entreprise qui a bénéficié du trafic généré par cet évènement.

Cela pose de nombreuses questions (je vous fais une synthèse de mes questions et de celles vues ici et là) :

[1] Est-ce que c’est MSW qui, partant de l’observation que les acteurs institutionnels légitimes n’arrivaient pas à se bouger, a décidé de proposer quelque chose et a ensuite réussi à les fédérer, ces derniers étant trop heureux de faire quelque chose « clés en mains », à moindre frais ; ou est-ce qu’une ou plusieurs de ces institutions a fait appel à la boîte, hors toute procédure adéquate, pour leur suggérer d’organiser la semaine, les assurant de leur soutien comme partenaire ? Les quelques questions posées en privé et sur Twitter à certains protagonistes n’ont pas permis d’y voir plus clair. Mais en privé, 2 sources indépendantes et proches de l’affaire, comme on dit, ont affirmé que l’EHESS était demandeur. Cette rumeur est démentie par un tweet assez étonnant [précision le 16 nov. 2013 : étonnant non pas pour le démenti, que je prends extrêmement au sérieux, mais sur l’appel personnel à l’organiser. Comme si là était le sujet.] de Pierre Mounier :

[2] Comment se fait-il que ces prestigieux acteurs de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’édition libre en France ont-ils eu « besoin » d’une entreprise franco-luxembourgeoise (MSW) pour organiser l’Open Access Week à Paris en 2013 ? Que l’entreprise franco-luxembourgeoise ait souhaité ces partenariats se comprend aisément, mais comment EHESS et FMSH ont-ils pu accepter un tel partenariat ? Par faute d’argent ? Par faute d’idée ?

[3] Enfin on peut se demander comment la décision du partenariat a été prise au sein de chacune des institutions sus-citées de demander/accepter d’engager des institutions publiques françaises dans une initiative privée franco-luxembourgeoise dont le fonctionnement est en contradiction avec les principes mêmes de l’open access ?

De façon cohérente (mais étonnante quand on voit la suite des événements), certains partenaires ont d’ailleurs affiché leur soutien (parfois individuel) à la semaine et le site MSW (en plus du logos sur la page), prêtant donc encore une fois de leur légitimité à l’opération :

Acte 2. Le #MSWgate

De son côté, Stéphane Pouyllau (SP), directeur-adjoint d’Huma-Num, la très grande infrastructure pour les humanités numériques, a été invité par MSW pour parler de digital humanities (humanités numériques en français) au cours de la semaine de l’OA. Il a accepté  et cela lui a permis de découvrir la plateforme de l’entreprise en question. Cette découverte a été pleine de surprise et il en a tiré un article très complet, qui offre notamment une session de consulting gratuit à l’entreprise qui saura, espérons-le, en tirer tous les bénéfices (plein de conseils à implémenter, 3 ans après avoir commencé à travailler sur la plateforme. Il n’est jamais trop tard pour se poser les bonnes questions et bien faire).

puis

et

SP ne mâche pas ses mots, il dit notamment que « le moteur de recherche de MSW […] – tout en se réclamant de libre accès […] – en malmène largement les principes ; voir construit son projet en privatisant de la connaissance en libre accès. »

et plus loin

« je trouve ces pratiques malhonnêtes et je dis qu’il s’agit de la privatisation de connaissances en libre accès. »

De son côté, Marin Dacos et n’hésite pas à parler de « vol » dans son commentaire du billet de SP et va jusqu’à dire :

« Avaler et republier des contenus qui ne sont pas placés en licence libre, c’est illégal, c’est du vol, pur et simple. Cela n’a rien à voir avec une quelconque jeunesse technique du projet. Peu m’importe, pour ma part, que les fichiers soient dans une zone d’accès restreinte aux membres. Ce qui doit cesser immédiatement est la republication sans autorisation des articles.
Il n’y a pas de rdv avec HAL qui tienne. A ma connaissance, les auteurs n’ont pas cédé à HAL une licence leur permettant de céder à leur tour les articles à un tiers, sous droit d’auteur ou sous licence libre. En l’absence de mention particulière, les articles appartiennent à leurs auteurs et à leurs auteurs seulement. »

Le billet de SP rencontre pas mal d’échos, à en juger par les riches commentaires et le fait qu’il est soit repris sur Twitter. Par Hubert Guillaud :

Par @Calimaq :

Les réactions

Des réponses de MSW commencent à arriver, mais elles sont largement insuffisantes et « locales »:

À cette occasion, les langues se délient plus généralement sur l’outil proposé par MSW et par les événements de l’OAW, voir par exemple :

ou

ou encore

ou aussi

Tandis que devant les pontes français de l’Open Access (comme Marin Dacos et Stéphane Pouyllau), MSW et ses dirigeants font des courbettes…

…ils n’hésitent pas à se lâcher pour les autres qui posent des questions :

ou :

Bien sûr, il y a çà et là des gens qui se disent choqués par les propos de la dirigeante de MSW :

ou

et

Les soutiens s’expriment cependant principalement en privé. Pourquoi n’osent-ils pas se montrer en public ? Ont-il peur des représailles ? MSW est-il si puissant et dangereux ?

Y a donc un moment où cela a complètement dégénéré, comme le signale également Stéphane Pouyllau :

Que s’est-il passé ?

Quelqu’un a une explication ? Qu’est-ce que cette gestion calamiteuse de mini-crise ? Quelles leçons doit-on en tirer ?

S’agit-il de « darwinisme entrepeunarial » (comme je l’ai reçu par dm par un ami chercheur  : « Elle est en mode Darwinisme entrepreunarial la cheffe. On la critique, elle mord. » ? Je prends les paris que dans les jours qui viennent MSW va prendre des contacts personnels avec Marin Dacos, Pierre Mounier et Stéphane Pouyllau pour essayer de désamorcer le #MSWgate qui n’a déjà que trop duré.

Mon problème n’est personnellement pas avec MSW mais avec la façon dont l’OAW a été mené en 2013 (ou pas, justement) par les institutions publiques impliquées dans l’Open Access : j’attendais plus de sérieux de leur part. Gageons que cet épisode n’est que la base d’un OAW 2014 dans l’esprit initial d’accès ouvert et de collégialité. Ceci dit, il faudrait faire attention car le modèle économique de MSW est basé sur le journalisme scientifique et la « mise en place prochaine d’un compte premium ». Il ne faudrait surtout pas que le travail d’ouverture entrepris par les institutions de recherche françaises finisse sous accès premium pour favoriser un retour sur investissement de l’État luxembourgeois.

P.S. Je n’ai pas pu participer personnellement à l’OAW 2013 malgré une invitation à y parler (au nom de Deuxième labo) donc je ne remets pas du tout en question la mise en œuvre de l’événement mais son insertion dans le tissu public existant et actif de l’Open Access en France.

Notes

1. C’est une lecture trop rapide des premières lignes de la page Wikipédia de la FMSH qui m’a induite en erreur. Et ceux qui me diraient « Mais enfin, ça s’appelle « Fondation… », c’est forcément une fondation », je connais trop bien le cas de la Fondation Sciences Citoyennes, de statut associatif pour m’arrêter à ça.

2. Je ne voulais pas blesser personnellement aucun des acteurs de cette histoire. Apparemment, ça a été le cas. Je les prie de m’excuser. Mais je leur pardonne pas d’avoir laissé des gens m’insulter publiquement sans réagir.

Incompréhension #FENS2013 #numérique #siteweb #ux #nocomment

Mon tweet n°1 et les réactions :

1 Capture d’écran 2013-06-23 à 19.56.472 Capture d’écran 2013-06-23 à 19.56.593 Capture d’écran 2013-06-23 à 19.57.114 Capture d’écran 2013-06-23 à 19.57.235 Capture d’écran 2013-06-23 à 19.57.33

Mon 2ème tweet et les réactions obtenues :

11 Capture d’écran 2013-06-23 à 20.01.5312 Capture d’écran 2013-06-23 à 20.02.05

Mon tweet n°3 et les réponses :

Capture d’écran 2013-06-23 à 20.06.01Capture d’écran 2013-06-23 à 20.06.11

C’est tellement gros que ça parle tout seul (c’est surtout que je n’ai pas le temps, mais je voulais archiver pour ceux qui voulaient le voir de leurs yeux vus) ;)

Authorship, remerciements, reconnaissance, inspiration : ça change quoi ?

J’ai une petite histoire à vous raconter. Une petite histoire avec une moralité et un rebondissement.

Tout a commencé avec ce tweet de Jean-No :

qui renvoie à cette page-ci :

Capture d’écran 2013-05-02 à 01.44.24

Comme j’aime bien comprendre (je sais…), j’ai demandé à en savoir plus :

1 Capture d’écran

et vu les réponses obtenues, je me suis dit que j’avais envie d’aller plus loin, de voir et donc de montrer ce dont on parlait :

2 Capture d’écran

et là, ça a commencé à se gâter. Enfin, se gâter de mon point de vue, tandis que le schmilblick avançait, lui. J’ai pas trouvé ça très sympa : pas eu de réponse à mon idée de simulation (je maintiens, ça peut forcément se coder. Après, c’est peut-être pas le plus malin à faire dans cette situation), et pas entendue du tout (j’aime pas ça) :

3 Capture d’écran

Du coup j’ai commencé à bouder… mais personne n’a rien vu :

4 Capture d’écran5 Capture d’écran

et donc j’ai quitté la discussion.

Pendant ce temps,

Jean-No a fait ce qu’il a dit qu’il ferait, et a annoncé le résultat ici :

Qui renvoyait vers :

Capture d’écran 2013-05-02 à 02.03.50

Et là, j’ai vu, qu’évidemment, il ne me citait pas (pourquoi me citerait-il ?).

Cette fois-ci, j’ai râlé, à ma manière (1) :

article et correction

Ce qui bien entendu n’a servi à rien. Rien ne sert de réclamer d’être reconnu quand tu n’as fait que poser une bonne question, et que tu as lancé l’idée qu’on pouvait visualiser un résultat au lieu d’en parler.

Moralité,

quand tu as une idée : tu la réalises tout seul.

Et

tu ne proposes pas de collaboration à quelqu’un qui n’a pas besoin de toi (ou qui n’a besoin que de ton idée).

Et, par ailleurs,

tu ne réclames jamais que les gens pressés t’apprennent des trucs : ils n’ont pas le temps ;

et, par ailleurs,

tu ne réclames pas la reconnaissance : tu ne récolteras que l’affiche (2)

Mais…

Car il y a un mais…

On peut voir les choses autrement. Ça dépend un peu de ce qui compte.

On peut se dire que c’est très malin et très pratique, quand on a trop d’idées et pas la capacité de toutes les réaliser, que de réussir à convaincre des gens de les réaliser à sa place. Que ce qui compte, c’est pas de publier soi-même, ou d’avoir son nom en signature, ni même d’être reconnu comme source d’inspiration ou de questionnements originaux. Que ce qui compte, c’est que l’idée soit réalisée, devienne réalité et soit publiée, accessible à tous. Et de ce point de vue là, c’est un succès total.

Et puis chacun se fera son idée, finalement. Comme Stéphane Pouyllau, là :

dont justement on ne sait connait pas la part d’ironie et la part de sérieux ;)

Notes

(1) c’est très rare mais ça m’arrive de râler ;) #privatejoke
(2) je vous laisse apprécier mon délicieux jeu de mot (qui n’en est pas un, mais comment on appelle ça ?)

Analyse de ma subjectivité dans la perception des distances à Paris

Je ne suis pas casanière, mais j’ai du mal à sortir de chez moi. L’effort à faire (je le visualise comme une barrière énergétique à franchir, voir l’énergie d’activation) est à peu près le même que ce soit pour aller acheter le pain en face de chez moi,  partir en week-end, ou en voyage à l’autre bout du monde. Une fois sortie, je peux rester très longtemps dehors, y passer la nuit, dormir chez des amis, etc. C’est comme ça que j’ai compris que mon problème, c’est l’allumage, c’est une inertie terrible dont je suis pourvue et qui nécessite beaucoup d’énergie (de motivation ?) à déplacer. Je suis très heureuse d’avoir appris assez récemment le mot en turc ancien, « atalet« (1) pour parler de cette inertie (2).

Une flemme spécifique de quartier

J’ai aussi remarqué, au cours de mes 18 années parisiennes, que j’avais aussi une flemme spécifique de la rive droite (ayant presque toujours habité rive gauche, mais surtout me sentant très fortement rive gauche). Comme la vie nocturne parisienne est déjà assez nulle, si on ne se bouge pas rive droite, on est sûr de mourir d’ennui, donc je me fais violence, et je finis par réussir à aller rive droite (surtout quand on m’invite à des chouettes fêtes). En cherchant un peu, j’ai réalisé que je cultivais aussi une flemme spécifique de certaines quartiers, certaines stations de métro. Et ça fait un moment que je vois bien que cette flemme n’est pas rationnelle, dans le sens où elle n’est pas, par exemple, directement proportionnelle à la distance qui sépare mon appart. de ce point ni même, le temps que je mets pour aller à cet endroit. Donc évidemment je voulais comprendre, explorer, cartographier, mesurer ces barrières conceptuelles qui me bloquaient. Mais j’avais la flemme ;). #procrastination

Comme j’ai parlé de tout ça à Ambre (3), et qu’on se comprend bien sur les trucs chelous (elle aime mon humour, si, si \o/), on s’est mises au travail.

Méthodologie et sources

Carte réelle des distances

On a décidé de prendre la carte isochrone de Paris, pour une évaluation réelle de ma proximité aux différents quartiers de Paris. Isokron, c’est un site génial qui fait ça, et qui vous permet aussi de choisir un lieu de rdv à égale temps de transport de deux adresses (genre vous êtes 2 et vous cherchez un rdv « à mi chemin », sauf qu’à mi-temps, c’est plus malin).

Capture d’écran 2013-04-28 à 19.11.57

Capture de la carte isochrone à partir de mon adresse
Jaune : moins de 15 min.
Vert : 15-30 min.
Violet : 30-45 min.
Orange : 45 min.-1h
Rouge : plus d’1h

Carte de mon ressenti

Pour essayer d’objectiver ma perception/l’idée (la montagne, parfois) que je me fais des distances/ma difficulté à y aller, j’ai « noté » les stations de métro et de RER d’Île de France. On a trouvé une liste de 377 stations ici (4). J’ai pris la liste dans l’ordre alphabétique, et pour chaque station, j’ai énoncé un des 6 jugements suivants, celui qui me venait spontanément.

1 :  « C’est en bas de chez moi »
2 : « OK, c’est pas loin »
3 : « Bon ça va encore, mais je ne suis pas loin de râler, et il me faut un coup de pied au cul »
4 : « Je râle et j’ai la flemme : « rho là là, c’est loin, c’est chiant d’y aller » »
5 : « Ah non, c’est trop loin, c’est trop dur »
6 : « Ouh là, c’est la province ! »

Le style est volontairement parlé : il essaye de reproduire au plus juste ce que je « ressens » quand j’essaye d’envisager que je dois me rendre à tel endroit/station.

Prédictions, biais, critiques

Pendant que je notais les stations selon ma grille de 1 à 6, j’ai vu que j’hésitais sur certaines stations. Notamment entre les catégories 3 et 4. Dans l’idéal il faudrait donc que je refasse la notation à quelques jours d’intervalle, les stations présentées dans différents ordres, et en ayant dans la mémoire récente,  des déplacements  différents (si je suis allée facilement il y a quelques jours  à la station X, la note de la station X a des chances d’être relativement mieux notée).

Mes prédictions étaient :
– la rive gauche sera mieux notée que la rive droite, à distance/temps équivalent
– je m’attends à mieux noter les stations où je vais plus souvent / où je suis allée plus souvent dans ma vie
– (cas précis de la prédiction précédente) je m’attends à ce que les stations du RER B Sud, et des lignes 6, puis 5 et 7 du métro seront relativement bien notées (c’est-à-dire en moyenne mieux que ne le dicterait leur temps par rapport à chez moi). Raisons : j’ai longtemps fréquenté la partie Sud du RER B (fac d’Orsay puis thèse à Jouy-en-Josas) et j’en garde de très bons souvenirs (du RER B, pas de la thèse) ; j’habite à 2 min. d’une station de la ligne 6 (Corvisart) et à 7 min. de la Place d’Italie (lignes 5, 6, 7)

Appelons tout ça des biais de familiarité : c’est bien ça qu’il s’agit de mesurer.

Résultats

1. Je connais vraiment bien les stations d’Île de France

Je les ai notées très vite, je « visualise » bien où elles se trouvent toutes (temps non relevé, dommage). Je n’ai pas pu classer 1 station car elle ne me disait rien : Anatole France (5)

2. Ma classification des 376 autres stations

en 1 :  « C’est en bas de chez moi » : 9 stations ; Chevaleret ; Corvisart ; Denfert-Rochereau ; Glacière ; Les Gobelins ; Montparnasse-Bienvenüe ; Place d’Italie ; Saint-Jacques ; Tolbiac

en 2 : « OK, c’est pas loin » : 37 stations : Alésia ; Bel-Air ; Bercy ; Bibliothèque François Mitterand ; Cambronne ; Campo Formio ; Cardinal Lemoine ; Cité ; Cité Universitaire ; Cluny La Sorbonne ; Daumesnil ; Dupleix ; Edgar-Quinet ; Gaîté ; Gare d’Austerlitz ; Gare de Lyon ; Jussieu ; La Motte Picquet Grenelle ; Louvres Rivoli ; Luxembourg ; Maison Blanche ; Mouton Duvernet ; Nation ; Nationale ; Olympiades ; Palais Royal ; Musée du Louvre ; Place Monge ; Port-Royal ; Porte d’Italie ; Porte d’Ivry ; Porte d’Orléans ; Pyramides ; Quai de la Gare ; Raspail ; Saint-Marcel ; Saint-Michel ; Vavin

en 3 : « Bon ça va encore, mais je ne suis pas loin de râler, et il me faut un coup de pied au cul » : 53 stations : Antony ; Arcueil – Cachan ; Arts et Métiers ; Bagneux ; Bastille ; Bourg-la-Reine ; Bréguet Sabin ; Censier Daubenton ; Charles de Gaulle Etoile ; Châtelet ; Châtelet – Les Halles ; Cour Saint-Emilion ; Dugommier ; Duroc ; Etienne Marcel ; Falguière ; Gare de l’Est ; Gare du Nord ; Gentilly ; Goncourt ; Hôtel de Ville ; Invalides ; Jacques Bonsergent ; Le Kremlin Bicêtre ; Ledru – Rollin ; Les Baconnets ; Les Halles ; Mabillon ; Mairie d’Ivry ; Maubert – Mutualité ; Odéon ; Passy ; Pasteur ; Place de Clichy ; Pont Marie ; Pont Neuf ; Porte de Choisy ; Quai de la Rapée ; Réaumur Sébastopol ; Rennes ; République ; Saint Germain des-Prés ; Saint-Paul ; Saint-Placide ; Saint-Sulpice ; Sèvres Babylone ; Solférino ; Sully Morland ; Trocadéro ; Vaneau ; Villejuif Léo Lagrange ; Villejuif Paul Vaillant-Couturier ; Villejuif-Louis Aragon

en 4 : « Je râle et j’ai la flemme : « rho là là, c’est loin, c’est chiant d’y aller » », 61 stations : Madeleine ; Abbesses ; Alexandre Dumas ; Alma Marceau ; Anvers ; Assemblée Nationale ; Auber ; Avenue Emile Zola ; Balard ; Barbès Rochechouart ; Belleville ; Bérault ; Bir-Hakem ; Bonne Nouvelle ; Bourse ; Bures-sur-Yvette ; Cadet ; Charles Michels ; Charonne ; Château d’eau ; Château de Vincennes ; Château Landon ; Château rouge ; Châtillon-Montrouge ; Convention ; Esplanade de La Défense ; Europe ; Faidherbe Chaligny ; Félix Faure ; Filles du Calvaire ; Franklin D. Roosevelt ; Grands Boulevards ; Havre Caumartin ; Hoche ; Kléber ; La Chapelle ; La Muette ; Laplace ; Mairie d’Issy ; Massy – Palaiseau ; Michel Bizot ; Montgallet ; Notre-Dame des-Champs ; Oberkampf ; Opéra ; Picpus ; Rambuteau ; Reuilly – Diderot ; Richard Lenoir ; Saint-Lazare ; Saint-Mandé ; Saint-Sébastien Froissart ; Sentier ; Sèvres Lecourbe ; Strasbourg Saint-Denis ; Tuileries ; Varenne ; Vaugirard ; Vincennes ; Volontaires ; Voltaire

en 5 : « Ah non, c’est trop loin, c’est trop dur », 146 stations : Aéroport Roissy Charles de Gaulle ; Argentine ; Aubervilliers-Pantin Quatre Chemins ; Avron ; Basilique de Saint-Denis ; Billancourt ; Blanche ; Boissière ; Bolivar ; Botzaris ; Boucicaut ; Boulogne Jean Jaurès ; Boulogne Pont de Saint-Cloud ; Brochant ; Buttes Chaumont ; Buzenval ; Carrefour Pleyel ; Champs Elysées Clémenceau ; Chardon Lagache ; Chaussée d’Antin La Fayette ; Chemin Vert ; Colonnel Fabien ; Commerce ; Concorde ; Corentin Cariou ; Corentin Celton ; Couronnes ; Crimée ; Croix de Chavaux ; Danube ; Drancy ; Ecole Militaire ; Eglise d’Auteuil ; Eglise de Pantin ; Exelmans ; Fontaine-Michalon ; Fontenay aux-Roses ; Fontenay-sous-Bois ; Fort d’Aubervilliers ; Gallieni ; Gambetta ; Garibaldi ; Georges V ; Guy Môquet ; Iéna ; Jasmin ; Jaurès ; Javel André Citroën ; Jourdain ; Jules Joffrin ; La Croix de Berny ; La Défense Grande Arche ; La Fourche ; La Plaine – Stade de France ; La Tour Maubourg ; Lamarck Caulaincourt ; Laumière ; Le Bourget ; Le Guichet ; Le Peletier ; Les Sablons ; Liberté ; Liège ; Louis Blanc ; Louise Michel ; Lourmel ; Lozère Ecole Polytechnique ; Malakoff Plateau de Vanves ; Malakoff Rue Etienne Dolet ; Malesherbes ; Maraîchers ; Marcadet Poissonniers ; Marcel Sembat ; Marx Dormoy ; Massy – Verrières ; Ménilmontant ; Michel Ange Auteuil ; Michel Ange Molitor ; Mirabeau ; Miromesnil ; Monceau ; Notre-Dame de-Lorette ; Orsay – Ville ; Ourcq ; Palaiseau ; Palaiseau – Villebon ; Parc de Sceaux ; Parmentier ; Pelleport ; Père Lachaise ; Pereire ; Pernety ; Philippe Auguste ; Pierre Curie ; Pigalle ; Place des Fêtes ; Plaisance ; Poissonnière ; Porte d’Auteuil ; Porte Dauphine ; Porte de Bagnolet ; Porte de Champerret ; Porte de Charenton ; Porte de Clichy ; Porte de Clignancourt ; Porte de la Chapelle ; Porte de la Villette ; Porte de Montreuil ; Porte de Pantin ; Porte de Saint-Cloud ; Porte de Saint-Ouen ; Porte de Vanves ; Porte de Versailles ; Porte de Vincennes ; Porte des Lilas ; Porte Dorée ; Porte Maillot ; Pyrénées ; Quatre Septembre ; Ranelagh ; Richelieu Drouot ; Riquet ; Robespierre ; Robinson ; Rome ; Rue de la Pompe ; Rue des Boulets ; Rue du Bac ; Rue Saint-Maur ; Saint françois Xavier ; Saint-Ambroise ; Saint-Augustin ; Saint-Fargeau ; Saint-Georges ; Saint-Philippe du Roule ; Sceaux ; Ségur ; Simplon ; Stalingrad ; Télégraphe ; Temple ; Ternes ; Trinité d’Estienne d’Orves ; Victor Hugo ; Villiers ; Wagram

en 6 : « Ouh là, c’est la province ! » (9 stations), 97 stations :

Achères Grand Cormier ; Achères-Ville ; Aulnay-sous-Bois ; Bobigny Pablo Picasso ; Bobigny-Pantin Raymond Queneau ; Boissy-Saint-Léger ; Bry-sur-Marne ; Bussy-Saint-Georges ; Cergy-Le Haut ; Cergy-Préfecture ; Cergy-Saint-Christophe ; Champigny ; Charenton – Ecoles ; Chatou-Croissy ; Conflans-Fin d’Oise ; Courcelle-sur-Yvette ; Courcelles ; Créteil – L’Echat ; Créteil – Université ; Créteil Préfecture ; Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort ; Front populaire ; Gabriel Péri Asnières-Gennevilliers ; Gif-sur-Yvette ; Houilles Carrières-sur-Seine ; Joinville-le-Pont ; La Courneuve – Aubervilliers ; La Courneuve 8 Mai 1945 ; La Hacquinière ; La Varenne Chennevières ; Le Blanc-Mesnil ; Le Parc de Saint-Maur ; Le Vésinet-Centre ; Le Vésinet-Le-Pecq ; Lognes ; Mairie de Clichy ; Mairie de Montreuil ; Mairie de Saint-Ouen ; Mairie des Lilas ; Maisons-Alfort – Stade ; Maisons-Alfort Les Juilliottes ; Maisons-Laffitte ; Marne-La-Vallée Chessy (Parc Disneyland) ; Nanterre-Préfecture ; Nanterre-Université ; Nanterre-Ville ; Neuilly-Plaisance ; Neuville-Université ; Nogent-sur-Marne ; Noisiel ; Noisy-Champs ; Noisy-le-Grand Mont d’Est ; Parc des Expositions ; Poissy ; Pont de Levallois Bécon ; Pont de Neuilly ; Pont de Sèvres ; Pré St-Gervais ; Rueil-Malmaison ; Saint-Denis – Université ; Saint-Denis Porte de Paris ; Saint-Germain-en-Laye ; Saint-Maur-Créteil ; Saint-Rémy-lès-Chevreuse ; Sartrouville ; Sevran – Beaudottes ; Sucy-Bonneuil ; Torcy ; Val d’Europe ; Val de Fontenay

Coloriage sur la carte

J’ai colorié les stations et leur entourage proche, sur une carte Paris en utilisant le code suivant, très fortement inspiré des couleurs des cartes d’Isokron.

Jaune <=> 1 :  « C’est en bas de chez moi » + 2 : « OK, c’est pas loin »
Vert <=> 3 : « Bon ça va encore, mais je ne suis pas loin de râler, et il me faut un coup de pied au cul, c’est pas naturel »
Violet <=> 4 : « Je râle et j’ai la flemme : « rho là là, c’est loin, c’est chiant d’y aller » »
Orange <=> 5 : « Ah non, c’est trop loin, c’est trop dur »
Rouge <=> 6 : «Ouh là, c’est la province ! »

On a commencé par les stations du groupe 1, puis 2, jusqu’aà 6. La plupart des stations en 6 ne figuraient pas sur la carte choisie (Carte RATP, logiciel Gimp, dictée par Ambre, coloriage par moi).

A la fin de chaque couleur, on a colorié les zones qui restaient entre les stations de même couleur, avec cette même couleur, pour laisser le moins de surface non coloriée possible.

Making of 1

Avant : entourage des stations

Making of 2

Après remplissage des zones entre les stations de même couleur

Résultat final de la carte de ma perception des distances/temps dans Paris :

conception metro ambre

Cliquer pour agrandir, vous verrez les stations en transparence ;)
Rappel du code couleur : Jaune < Vert < Violet < Orange < Rouge

Interprétations

1ère chose qu’on voit, avant même de regarder la carte : à part la catégorie 6, le nombre de stations croit avec la non-familiarité .  Plus je les imagine lointaines/inaccessibles, plus les stations sont nombreuses. C’est un résultat attendu (c’est une question de géométrie ? d’encombrement stérique ? je ne sais pas comment dire, mais c’est attendu, limite évident (que ceux qui ne sont pas d’accord hurlent en commentaires ;)

2ème chose, quand on regarde la carte. On retrouve chez moi comme dans la carte isochrone de référence, une sorte de demi-lune autour de chez moi, côté convexe en bas (j’ai 1 chance sur 2 de me tromper de mot avec concave…).

Il y a des stations mal-aimées/mal considérées un peu partout. Hyper mal classées. Faisant un spot de couleur différente au milieu d’une région d’une autre couleur. Exemple Censier Daubenton : vert au milieu de zone jaune.

Pour Hoche : il s’agit d’une erreur grossière. Je croyais savoir où était Hoche parce que je confondait avec Foch (avenue). En fait, je n’avais aucune idée de où c’était, et ça se voit.

Les prédictions semblent globalement vérifiées. A DETAILLER ;)

Je remercie Ambre pour son enthousiaste participation à ce petit projet sans prétention ;)

Notes

(1) Lien WP vers le turc moderne, je vous raconterai la différence un autre jour…
(2) Je ne suis pas sûre d’avoir bien compris toutes les finesses de la notion, mais avec le moment de la force, l’inertie est la seule chose que j’ai compris de mes nombreuses heures de science physique scolaires…
(3) J’ai connu Ambre grâce à Yasmine lors du rassemblement du dimanche 21 avril 2013 à la Bastille pour le #mariagepourtous et contre l’homophobie ; elle a couvert les débats sur la loi depuis leur discussion au Sénat pour des milliers de twittos ; depuis, on ne se quitte plus :)
(4) Pas vérifié que la liste était complète ni juste…
(5) On verra plus loin que parfois je croyais savoir…

Notes sur Äkta Människor #realhumans #100%humains

Voici quelques notes de mon visionnage des 2 premiers épisodes de Äkta Människor (« Real Humans » en anglais, « 100% humains » en français). Quelques observations, beaucoup de questions (= mon style, normal).

Avertissement : je ne suis pas une adepte [des séries] comme j’en ai autant autour de moi, donc je ne n’en ai sans doute pas les codes. En particulier, je ne sais pas en parler sans raconter en partie ce qu’il se passe. Donc #spoileralert

Je précise aussi que comme quand je vais au cinéma, je n’ai rien lu sur la série avant de la voir. La campagne de pub insistante mais efficace d’arte m’a suffi à me décider. Donc je vous conseille d’en faire autant. Si vous aviez envie de lire des choses pour vous décider à voir ou non la série, mon conseil sera : voyez-là, vous ne perdrez pas votre temps. Et si au bout de 1h (= 1 épisode), ça ne vous a pas touché, eh bien vous n’aurez perdu qu’une heure, ça va.

Il se passe quoi ? #spoileralert #unpeulongdésolée

La série nous entraine dans trois histoires (1) qui se croisent.

Chez la Famille Engman. C’est une famille de classe moyenne supérieure avec 3 enfants (un ado de 16 ans, une fille de 14 et une petite de 5-6. A la louche, hein). La maman (Inger) est avocate, s’habille de façon très classe, et le père doit avoir un boulot du même genre de standing (ou supérieur). Ils vivent dans une belle maison de banlieue résidentielle. En quelques minutes, on nous brosse le tableau d’une famille heureuse mais dont les enfants aimeraient plus d’attention des parents, et les parents aimeraient tellement tout bien faire pour eux. Aider les devoirs du grand (Tobbe), aider la petite (Sofia) à faire des crêpes, lire une histoire au lit, etc. Ils sont débordés, désolés, mais on sent qu’ils sont cools aux cheveux punky de la fille du milieu (Mathilda). La mère est pourtant très opposée aux hubots, qui commencent à arriver chez tous les amis/voisins. Elle va finir par en accepter un sous son toit car son mari et les enfants insistent et qu’il est gratuit, offert en promotion par un vendeur redoutable lors de l’achat du nouveau hubot du père d’Inger. Ainsi arrive le hubot Anita et commencent les ennuis.

E2 D Anita et Inger

Anita (à gauche) et Inger.

Histoire annexe à celle-là, celle de Lennart, père d’Inger. On le voit conduit par son hubot au supermarché vieilli et mal en point. Le hubot va bugger et faire des bêtises. Il faudra en racheter un alors que le vieux monsieur était tellement attaché à son Odi et c’est comme ça que l’histoire se rattache à la famille Engman. Il y a donc 2 sous-histoires imbriquées dans cette partie.

Chez Roger et Therese, voisins mitoyens des Engman. On ne sait pas depuis quand Roger supporte que sa femme passe autant de temps avec son hubot Rick (que l’on voit principalement en train de dérouler un logiciel de coach sportif). Roger ne supporte pas les hubots. Il se sent envahi au boulot par eux (qui font des travaux d’ouvriers de manutention. Rigolo que des hubots ouvriers soient habillés comme des humains ouvriers…). Therese a un fils, Kevin, dont on apprend qu’il a été élevé par Roger qui l’aime (naturellement) comme son fils biologique (mais ne semble pas avoir de droits sur lui, comme ça pourrait être le cas lors de l’adoption). Therese finira par se barrer avec Rick en emmenant son fils et empêchant d’avoir un quelconque contact avec Roger. Roger n’arrête pas de cogner dans les hubots de son boulot, est sans cesse rappelé à l’ordre par sa hiérarchie, on le voit bien parti pour être chômeur, seul, aigri et alcoolique. Mais la série est ainsi faite que le spectateur est de son côté. Il y a donc peu à peu 2 sous-histoires : Therese, Rick et Kevin d’un côté, Roger de l’autre.

La cavale de quelques hubots, « les enfants de David ». La première scène où on les croise est assez palpitante, façon thriller. Les hubots semblent d’abord menés par un humain, Leo, mais ils se séparent rapidement quand le prioritaire pour Leo devient de retrouver Mimi, une hubot qui lui dit « Je t’aime » avant d’être sauvagement enlevée par des voyous qui se font de l’argent de revente de vieux hubots. Leo part d’un côté avec Max le hubot. Les 5 autres avancent avec leur cheffe au look effroyable (je ne sais pas si c’est l’effet recherché), autoritaire.

On nous fait partager les flashbacks de Leo. Il est enfant, et il y a toujours une hubot (celle du début). Il cherche désespérément à la retrouver, en exhibant une photo d’elle. Dont nous voyons (mais il ne le sait pas, #huhu) que c’est en fait la Anita de chez les Engman. On suit d’un côté la cavale par bois et églises des fugitifs (et c’est assez ennuyeux et monotone. Les enjeux sont d’une part, de ne pas se faire prendre par les humains (des flics spécialisés dans les hubots), d’autre part, de réussir à se recharger régulièrement. Et de l’autre, Leo et Max, et les lieux qu’ils visitent et la nature hybride (ou j’ai rien compris) de Leo sont un peu plus intéressants.

Il y a donc 2 sous-histoires dans chacune des 3 histoires. Quelle symétrie ;). En attendant que la 3ème histoire rejoigne inévitablement la 1ère (puisque Leo cherche Anita). Les 2 premières sont déjà liées.

C’est quoi ce monde, alors ?

C’est très proche d’aujourd’hui, avec une place pas délirante donnée au web et aux tablettes tactiles. Pas de voitures volantes, pas de super pouvoirs, pas de téléportation, pas de grosse mises en scène à la Minority Report (les images sur les énormes écrans transparents qu’on manipule avec des gants chelous, etc.), pas croisé de télé, je crois. Des tablettes type iPad avec des bords hyper épais et métalliques (bizarrement rétro comme look). Pas beaucoup de recherche de ces côtés-là. En fait on peut dire que le seul élément perturbateur de ce monde par rapport au notre (et ça suffit largement à poser beaucoup de questions et foutre la zizanie) : les hubots. Je dirais qu’on est dans un monde où ça ne fait que 5-10 ans que sont sortis les 1ers hubots et que leur démocratisation est encore plus récente (2-3 ans ?). Ils coutent encore chers, mais pas comme les poupées hyper réalistes qu’on trouve aujourd’hui autour de 5-6 000 euros (exemple doll story).

Ça se passe en Suède, mais ça pourrait être n’importe quel pays du monde occidental, avec quelques noirs (mais pas trop). Film assez refermé sur ses problèmes hyper locaux, pour le moment. Très soap, quelque part. Pas de gouvernement, de télé, de conflit intérieur ou international, le seul problème qui vient gêner ce monde paisible semble être les questions concernant les hubots : en avoir ou pas ; lutter contre ou pas (mouvement Äkta Människor…). Mais ce qui tombe bien, c’est que les hubots posent des questions universelles !

Et les hubots, donc 

Les hubots sont des robots bons à tout faire, des appareils électroménagers multifonctions (tâches ménagères, mais aussi faire la lecture aux enfants, les habiller, conduire la voiture d’un vieux, lui faire à manger et lui préparer ses médicaments, etc.) mais ils sont dans certains cas carrément des compagnons de vie, qui éclairent la vie d’un vieux monsieur tout seul, servent d’épaule pour pleurer, d’oreilles pour des confidences et se sentir entendu, voire, un compagnon sexuel, donc un vrai compagnon complet ! Et cela n’est possible (c’est mon hypothèse mais c’est évident, non ?) que grâce à leur apparence humaine réaliste, ce qui donne leur nom de hu-bots.

Ils ont une sorte de peau, des mouvements de type respiration (et même essoufflement quand ils sont fatigués /près de se décharger), une sorte de cerveau gélatineux bleu (parce que rouge, ça ferait vraiment trop ? (2)) , une sorte de sang qui (dont on ne sait pas s’il irrigue tout le corps), des ongles, des cheveux, des poils, des tétons/seins. Pas encore vu s’ils avaient quelque chose qui ressemble à des organes génitaux externes, mais vu les pratiques au Hubot Heaven, je pense que oui.

On ne dit rien sur la température corporelle des hubots, mais je pense qu’ils sont obligatoirement à la température de la surface des corps humains (35°C ?) car sinon, ils ne seraient pas agréables à toucher, et ça leur enlèverait une part de leurs fonctions sociales.

Un point intéressant et central de cette série est bien sûr la forme qui a été choisie pour les hubots. Je suis très heureuse d’avoir vu cette série après (des années après) avoir lu l’article de Jean-No sur son « dernier blog » (pas retrouvé le lien de l’article alors que je suis sûre que j’ai lu ça chez lui la 1ère fois de ma vie) qui m’a fait connaitre la notion d’inquiétante étrangeté de la vallée de l’uncanny. Oui, les hubots mettent un peu mal à l’aise, ils sont pile dans cette vallée, et cela permet à tout le scénario de se déployer. Rien de ce film n’aurait été possible (crédible) sans cette apparence précise de ces robots domestiques.

Chacun des hubots-personnages (j’exclue donc ceux qui font de la figuration, n’ont pas de nom, de rôle précis, sont interchangeables, font partie du décor) a un comportement précis, une façon d’être entre humain et robot. Rick est très crédible, par exemple, mais ses plissements de yeux et son sourire me font fait peur. Comme Vera, l’infirmière en gériartrie habillée en soubrette de Lennart, avec son inquiétant regard hitchcockien.

Le moins naturel, par exemple c’est l’ouverture soudaine de leurs yeux quand ils ont fini d’être rechargés (voir photos ci-dessous, avant et après).

E2 A yeux fermés 14.47.15 E2 A yeux ouverts 14.46.54

On pourrait presque penser que c’est un feature et non pas un bug-non-réaliste, pensé par les concepteurs des hubots dans le monde décrit dans le film, pour diminuer un petit peu, artificiellement (alors qu’ils auraient pu faire plus réaliste), ce sentiment de trop grande proximité qui caractérise l’inquiétante étrangeté dont j’ai parlé plus haut.

A ce stade, on ne sait pas encore (ou alors je n’ai pas compris ?) qu’est-ce qui distingue les hubots en cavale des hubots domestiques ? Ont-ils acquis la capacité de réfléchir par eux-mêmes, en dehors de toutes les situations prévues par leurs divers logiciels ? Ils seraient du coup en quête de liberté, comme des êtres humaines que d’autres êtres humains auraient réduit en esclavage, revendiquant une liberté légitime ? A comprendre dans les épisodes suivants. Car ils ne tuent des humains que ci ceux-ci les menacent physiquement (donc contrairement à des machines, ils ont un attachement à leur enveloppe corporelle. Les humains qui les chassent, qui ne tolèrent les hubots qu’à l’état de domestiques, se sentent-ils menacés par les hubots ? Menacés par cette bande de 4-5 qui aspirent juste à « vivre » « libres » ou menacés par un fantasmatique renversement de domination entre les hubots et les humains ?

Jeux d’acteur pour les hubots

Juste des perruques de cheveux artificiels, semble-t-il (3), sauf quand ils sont remplacés par des mannequins de type vitrine quand ils partent à la casse.

Le jeu des acteurs n’est pas trop surfait, ils n’ont pas des gestes saccadés qu’on ferait dans un jeu de mimes pour faire deviner un robot. Juste quelques raideurs mais pas trop. Juste quelques mouvements pas tout à fait fluides pour être totalement naturels. Donc un bon jeu d’acteurs (ceux qui me connaissent savent que j’aime les jeux discrets et sous-joués, plutôt à la nouvelle vague qu’à l’expressionnisme).

Pourquoi c’est intéressant ? 

Ca touche de vraies questions de société, des questions parfois universelles : la relation (et les droits ?) des beaux-parents qui ont élevé des enfants de leurs époux/ses/conjoint/e ; les parents qui travaillent et qui aimeraient avoir plus de temps pour faire des crêpes avec leurs enfants, leur lire des histoires, les amener à l’école, partager leurs secrets, avoir le temps de faire l’amour, de travailler et de dormir suffisamment ; dénoncer quelqu’un qui ne pourra pas se défendre pour sauver sa peau ou assumer ses fautes/maladie ; la liberté, l’aliénation de l’être humain par l’être humain, qui a quels droits et qui décide de ça, qu’est-ce qu’on peut faire faire à autrui et avec quelle contrepartie, etc.

Les situations ne sont pas caricaturales et simplistes, on n’a pas tout le temps envie de dire « Mais c’est quoi cette connerie ? Il n’a qu’à faire … et ça s’arrangerait, non mais vraiment je ne comprends pas pourquoi il n’a pas pris telle décision à tel moment », etc. Vous voyez le genre ou je suis la seule à m’énerver parfois ainsi devant de mauvais films ?

Quelques répliques/séquences remarquables

  •  « You can’t just buy a Kevin », crie Roger à Inger qui refuse de lui donner le nouveau numéro de téléphone de Therese parce qu’elle le lui a défendu. Il est révolté et plein de bon sens et sa lucidité donne cette belle réplique.
  • La copine de Therese qui vit ouvertement son amour avec son hubot Bo : « Les gens qui ne comprennent pas notre amour n’ont jamais été amoureux, ne savent pas ce que c’est ».
E2 B most loving man Ive ever met 14.17.37

La copine de Therese qui vit ouvertement son amour avec son hubot.

Détail significatif, quand on lui demande où elle a acheté son hubot, elle éclate de rire et répond : on s’est connu (rencontrés ? We’ve met) au hubmarket. Sous entendu : je ne suis pas allé l’acheter, il s’agit d’une rencontre amoureuse. On a envie de lui dire « Arrête tes conneries, c’est quand même un robot et toi tu étais cliente dans ce supermarché et lui, le produit en vente, et tu as payé, lui n’avait pas le choix », mais on est troublé par sa sincérité, et on ne peut pas si facilement l’envoyer balader ainsi

  • Chez Therese, comme le hubot Rick est devenu l’amant de la mère, c’est au fils de ranger la cuisine, et non plus au hubot dont on aurait pu penser que c’était la tâche première.
  • Kevin rejette le compagnon-hubot de sa mère, ou plutot le fait que sa mère semble perdre la tête, à essayer de remplacer son mari par son hubot, et donc forcer Kevin à oublier son père et le remplacer par le hubot-compagnon de sa mère. Therese a soudain une idée de génie : elle propose à son fils de passer du temps seul avec Ricky, pour qu’ils établissent enfin une complicité qu’elle pense leur manque. Kevin refuse.

La mère : « J’ai pourtant pensé…. » […que ça pourrait être bien]

Kevin : « Continue de ne pas penser ! »

E2 C keep on not thinking 14.16.12

Kevin

J’ai trouvé ça beau, même si j’ai eu un doute sur la traduction (est-ce qu’il dit vraiment ça en v.o. ?) (Épisode 2, min 43)

  • La panique de la maman (Inger) qui voit sa petite fille s’approcher de plus en plus du hubot Anita : elle est plus disponible, jamais fatiguée, ne dort pas, peut lire des histoires à l’infini. Le seul défaut d’Anita (et de tous les hubots ?), semble être de ne pas savoir mentir. Et du coup se faire accuse à tort. Et toute la famille se sent hyper bête quand ils se rendent compte qu’ils étaient en train d’accuser le hubot de service des fautes de la petite innoncente de la famille, comme à l’époque (et dans Victor ou les enfants…) on aurait accusé la bonne ou la belle-fille maltraitée à la Cendrillon. (Épisode 2, min 55)

Ma conclusion très provisoire (2 épisodes sur 10) 

La série pose donc de vraies questions, et a suffisamment de rythme et des personnages travaillés pour ne pas s’ennuyer. Pas encore trop téléphoné (c’est ce qui me fait fuire des mauvais films et séries). Ils ont poussé le concept jusqu’au bout, ont exploré tous les recoins, toutes les conséquences d’avoir introduit ces éléments perturbateurs dans ce monde, toutes les situations où la proximité (ressemblance ?) homme/hubot pouvait amener à des situations incongrues et inédites, et disons-le, sans solution simple.

Je pense donc que c’est un très bon outil pour poser des questions de société. Les poser, mais sans y apporter de réponse, ce qui est très fort et louable. Bon support pédagogique, pour un type de cours à inventer, comme de la philo à l’école. Qui m’en propose ? J’accepte !

— Notes

(1) pour le moment, peut-être qu’il y en aura d’autres, mais ça serait bizarre de ne pas les « installer » dans les chapitres d’ouverture, non ?

(2) Je ne peux m’empêcher de penser à cette « revue » (fanzine ?) féministe des années 90-2000, publiée le groupe Marie Pas Claires (j’adore le titre !) dont le sous-titre était : « Nos règles sont rouges. Si les vôtres sont bleues, vous regardez trop la télé ». De mémoire, avec toute mon affection et mon admiration, et mon regret de ne pas avoir vraiment milité avec elles ni avec aucun autre groupe féministe.

(3) Alors qu’on imagine qu’une société fabriquant des hubots peut aussi leur mettre des vrais cheveux, mais on peut penser que c’était important dans le film pour nous donner cette impression de vrai-faux, puisque les hubots allaient être joués par des  humains.

Qu’a-t-on fait au pont de Mostar ? #histoire #factchecking #internet #wikipedia

Suite à une discussion avec Y. Winogradsky que j’ai connu sur twitter et rencontré hier soir, et en passant par Le Pont sur la Drina de Ivo Andrić [pont construit par l’architecte ottoman Sinan], je me suis souvenue du pont de Mostar dont la destruction en 1993 m’avait beaucoup émue, en ces années où je me révellais tous les matins avec l’édition turque de la BBC et leur inoubliable burasi BBC Londra

Je ne me souvenais plus exactement comment le pont avait été détruit, et comme Google est mon ami, je tombe en 1er lien sur une page de l’UNESCO sur l’inauguration du nouveau pont de Mostar en 1994. On y lit :

Le pont est donc tombé par effet collatéral de la guerre.

Par habitude de consulter Wikipedia, pensant que l’histoire d’un pont ottoman, sa destruction pendant la guerre et sa reconstruction sont typiquement le genre de choses à chercher dans une encyclopédie, je cherche aussi sur WP. Et là, surprise :

Là on parle de destruction volontaire, programmé, stratégiquement mise en œuvre. C’est vachment pas pareil pour moi. Et la vérité, elle se situe où ? Dois-je compter le nombre de sites qui donnent la version de l’UNESCO et le nombre de sites qui donnent la version de Wikipedia, et se dire qu’une info fausse ne résiste pas et ne peut être que mise en minorité ? Peut-on établir la vérité par le nombre ? Peut-on se satisfaire de l’idée que l’UNESCO, de par son rôle diplomatique, a voulu arrondir les angles  ?

 

L’écologie est-elle de droite ou de gauche ? #sciencepolitique #histoire

Encore une discussion amorcée aujourd’hui sur twitter, et qui renvoie vers un sujet sur lequel je voulais réfléchir depuis longtemps.

C’est parti d’un tweet de Looping :

Pour la suite de la discussion, j’ai essayé de faire une présentation en parallèle, pour donner une idée de la ramification de la discussion :

Dans le chapitre 7 de son livre sur les politiques de luttes contre le cancer…

…que j’ai lu dans le cadre de mon travail sur les faibles doses et les modèles mathématiques utilisés pour l’extrapolation des fortes doses (auxquelles on a des résultats) vers les faibles doses (auxquelles se situent les expositions de la majorité des populations, hors expositions professionnelles et accidents), Robert Proctor conclue sur une idée qui m’a beaucoup étonné…donc intéressé…et fait réfléchir. Rien de plus ennuyeux de lire ce que tu sais/penses déjà, sauf si c’est une idée spontanée et personnelle, jamais partagée avec personne, que tu relis soudain chez d’autres, reconnus. Donc mon moteur, c’est l’étonnement, le truc auquel je ne m’attends pas, ou mieux, le truc dont je pense intuitivement le contraire.

Proximité idéologique entre nazisme et écologie ?

Ce qu’il dit, c’est que les idéologies de centre droit et de centre gauche, les libéraux disons, se retrouvent dans une conception d’une planète/d’une nature costaud, auto-réparatrice, qui se débrouille, les océans sont infinis et gèrent la pollution par dilution, le réchauffement, comme le trou de la couche d’ozone, c’est cyclique, ça passera. Je grossis le trait mais vous voyez le genre. Le centre droit et le centre de gauche avant que l’écologie soit à la mode/consensuel/mainstream, disons depuis Rio/1992. D’un autre côté, le nazisme, plutôt écologiste, avec une vision de la Terre et de la nature plutôt faibles, en danger, qu’il faut protéger, que l’espèce humaine a mis en danger par son activité, qu’il faut donc se dépêcher de mettre à l’abri des dangers de la pollutions. Des dangers concernant les paysages, les espaces naturels, la faune et la flore, et enfin, l’espèce humaine elle-même, et plus particulièrement les enfants, « notre avenir ».

Dans l’ensemble, après le premier choc (je n’avais jamais pensé que, ne serait-ce que sur une question bien précise, je serais plus proche de la vision du monde des nazis que celle des partis politiques démocrates), cette analyse m’a convaincue. Je suis hyper caricaturale et simpliste ici, mais j’espère que je vous ai donné envie de lire et de réfléchir au sujet.

Exercice pratique

Regardez donc cette conférence de presse de Marine Le Pen/le FN sur la sécurité alimentaire, et dites moi si c’est pas hyper proche, d’une part, dans certains points, de l’idéologie nazie (l’inquiétude sur l’espèce humaine, les enfants), et d’autre part des positions d’EELV et du Réseau Environnement Santé. Je sais, c’est dur, mais je crois que c’est vrai.

Aveu/disclaimer

Je me rends compte que le titre de cet article est un peu trompeur. Savoir si l’écologie (politique) est de droite ou de gauche est une question un peu éloignée de savoir si la protection de la nature est plus partagée entre les écolos et les partis traditionnels/démocratiques/républicains (appelez-les comme vous voulez) ou entre les écolos et les nazis et les  partis d’extrême droite comme le Front National des Le Pen…Si vous râlez trop en commentaires, on avisera.

Référence du livre

PROCTOR, Robert N. Cancer Wars: How Politics Shapes What We Know and Don’t Know About Cancer, New York: Basic Books, 1995, 368 pp.

Taux marginal, taux effectif : comprendre enfin les impôts #pédagogie

Article écrit en collaboration avec Cédric Morin. Suite à des échanges sur twitter, les questions de l’une, les figures de l’autre, deux mails, un framapad, transféré dans un googledoc (on peut y faire des tableaux), quelques tasses de thé et un dîner laotien…

Au cours de la campagne présidentielle, François Hollande a proposé la création d’une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu au taux marginal de 75% pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros.

A cette occasion on a pu entendre de nombreuses réactions sur l’injustice que cela pouvait représenter que de prélever 75% du revenu.

Certaines de ces réactions étaient très certainement de la pure mauvaise foi partisane (“mesure confiscatoire”), mais les discussions émanant de cette proposition ont aussi été l’occasion de constater que les notions de tranche, taux marginal et taux réel d’imposition étaient le plus souvent très floues dans l’esprit de nombreuses personnes.

Essayons donc de reprendre tout cela dans l’ordre.

Les tranches de revenu et le taux marginal d’imposition

Dans l’imaginaire populaire, changer de tranche de revenu est vécu comme un drame. Combien de fois a-t-on entendu parents ou proches s’inquiéter de savoir si telle ou telle augmentation de revenu n’allait pas les faire changer de tranche et donc payer soudain plus d’impôts ?
Le plus simple, pour comprendre ce qu’il se passe, serait de tracer la courbe des impôts en fonction du revenu…ou plutôt du “quotient familial” (QF), parce qu’un même revenu n’est pas imposé de la même façon selon le nombre de personnes (parts) qu’il est censé faire vivre (nourrir). On appelle QF, le quotient du revenu par le nombre de parts ; et le nombre de parts est de 1 par adulte, et de 0,5 par enfant, sauf cas particuliers. Il faut donc tracer la courbe des impôts payés en fonction du quotient familial (QF), et là on voit tout de suite qu’il n’y a aucun « saut » dans la courbe lorsqu’on change de tranche :

Montant de l’impôt en fonction du quotient familial
Sur l’axe horizontal le QF. Un célibataire qui gagne 20 000 €/an paye environ 1 500 € d’impôts.
Chaque changement de tranche se matérialise par un changement de la pente de la courbe et un trait vertical.

En mathématique on dit que la courbe est « continue » : elle ne présente pas de cassure, on peut la tracer continûment sans lever le crayon. Pour la définition exacte de la continuité d’une fonction lire l‘article de Wikipedia.

Voyons en détail comment on obtient cette courbe. On part du dernier barème de l’impôt publié :

Barème 2011
TRANCHE DU REVENU 2010 TAUX D’IMPOSITION 2011
Jusqu’a 5 963 € 0 %
de 5 964 à 11 896 € 5,5 %
de 11 897 à 26 420 € 14 %
de 26 421 à 70 830 € 30 %
plus de 70 830 € 41 %

Dans ce tableau, ce qu’on nomme le taux d’imposition est en fait le taux marginal : c’est un pourcentage qui ne s’applique qu’à une partie des revenus, celle de la tranche concernée. On voit que le taux marginal est plus important pour les forts revenus : c’est ce qu’on appelle la progressivité de l’impôt. On voit aussi que dans chaque tranche, le montant d’impôt à payer est proportionnel au QF : on dit que la fonction impôts est linéaire par morceaux. Selon ce barème, la partie du QF compris entre 0 et 5963 € est imposée à 0%, puis la partie du QF comprise entre 5 963 € et 11 896 € est imposée à 5%, la partie entre 11 896 € et 26420 € est imposée à 14% etc.

Un célibataire qui a 20 000 € de revenus, donc 20 000 € de QF, va être imposé dans 3 tranches différentes, une partie à 0%, une partie à 5,5%, et ce qui est au dessus de 11897 €, à 14%. Ce qui donne :
(5963) * 0% + (11896-5963)*5,5% + (20000-11896)*14% = 1460,88 € d’impôts

Pour toute valeur de QF (sans qu’on sache a priori dans quelles tranches il sera imposé), la fonction qui donne le montant total de l’impôt en fonction du QF peut donc s’écrire sous la forme suivante :

MinMax[0,QF, 5963] * 0
+ (MinMax[5963, QF, 11896] – 5963)*5.5/100
+ (MinMax[11896, QF, 26420] – 11896)*14/100
+ (MinMax[26420, QF, 70830] – 26420)*30/100
+ (Max[QF, 70830]-70830)*41/100

où Max[x,b] renvoie le plus grand des deux nombres x et b, et MinMax[a,x,b] renvoie x si compris entre a et b, a si x<a et b si x>b.

Ainsi on peut vérifier que passer de la fin de la tranche à 14% au début de la tranche à 30% ne fait varier l’impôt que de quelques dizaines de centimes :

  • avec un QF de 26 419 €, l’impôt est de 2 359,54 €
  • avec un QF de 26 421 €, l’impôt est de 2 359,98 €.

On a changé de tranche, mais pas vraiment de montant de l’impôt. C’est pareil pour tous les changements de tranches, qui se font donc sans “saut” sur l’impôt payé.

Taux d’imposition réel

Le taux d’imposition que l’on retient en général est celui de la tranche de revenu dans laquelle on est : le célibataire qui gagne 20 000 € d’impôts se trouve dans la tranche à 14%.
Pourtant, il s’agit là d’un taux marginal et non pas de l’impôt réellement payé. Ce qui compte, c’est plutôt ce qu’on paye vraiment à la fin, au total, sur l’ensemble de son revenu ou QF. Le taux réel d’imposition (ou taux effectif) désigne le pourcentage d’impôts réellement payé.

Toujours dans notre exemple du célibataire avec 20 000 € de revenu, l’impôt payé est de 1 460,88 € pour un revenu de 20 000 €. Soit un taux réel d’imposition de (1460,88/20000)x100=7,30%…alors que le taux marginal de la dernière tranche qui le concerne était de 14%. Cette information, le taux effectif d’imposition est indiqué depuis quelques années sur l’avis d’imposition :

Exemple de feuille d’imposition où figure le taux réel d’imposition

De même qu’on a précédemment tracé la courbe de l’impôt payé en fonction du QF, on peut tracer la courbe du taux réel d’imposition en fonction du QF.

Taux réel d’imposition en fonction du quotient familial
Chaque changement de tranche se repère ici par un point anguleux dans la courbure de la fonction, et toujours un trait vertical.

La proposition de François Hollande

Lors de la campagne électorale présidentielle de 2012, François Hollande a proposé de créer une nouvelle tranche pour les revenus au delà de 1 million d’euros. Dans cette tranche, la partie des revenus au dessus de ce seuil serait imposée à 75% au lieu des 41% actuels (qui sont valables quel que soit le montant au dessus d’un QF de 70 830 €).

Même si cela n’a pas été précisé clairement, on suppose que ce seuil de 1 million concerne bien le quotient familial et non pas le revenu.

Pour bien voir l’impact de cette proposition sur l’impôt payé, il faut tracer la courbe sur une échelle de revenus beaucoup plus large :

Montant de l’impôt en fonction du QF pour les hauts revenus
On voit bien que pour un célibataire ayant un revenu d’exactement 1 million d’euros, l’impôt resterait inchangé. La différence se ferait progressivement au delà de ce seuil (en bleu, la réforme Hollande sur la tranche à 1 million d’euros).

Si l’on trace maintenant la courbe du taux d’impôt réel, on constate la même chose :

Taux réel d’imposition pour les hauts revenus
On voit aussi que même arrivé à 2 millions de QF, le taux d’imposition réel reste inférieur à 60%,
loin des 75% du taux marginal de cette nouvelle tranche (en bleu, la réforme Hollande sur la tranche à 1 million d’euros).

Pour résumer et pour rêver un peu, voici la situation pour quelques QF :

QF annuel Montant de l’impôt actuel Taux effectif actuel Montant de l’impôt avec la tranche FH Taux effectif avec tranche la FH
1000000€ 396642€ 39.7% 396642 € 39.7%
1050000€ 417142€ 39.7% 434142 € 41.3%
1200000€ 478642€ 39.9% 546642 € 45.5%
1500000€ 601642€ 40.1% 771642 € 51.4%
2500000€ 1011640€ 40.4% 1521640 € 60.9%
5000000€ 2036640€ 40.7% 3396640 € 67.9%

Attention : on s’est concentré ici sur la tranche à 75% alors que F.Hollande propose, sur le même principe, encore une tranche entre celle à 41% et celle à 75%. Voir les références en bas de l’article.

On ne voit donc pas bien comment on peut arriver à “90% de prélèvement”. La CSG est prélevée à la source, et l’ISF ne concerne pas les revenus…

Et ça concernerait qui, cette nouvelle tranche ?

De l’aveu même du site de campagne de François Hollande, cette mesure s’avère plus symbolique que réellement efficace. Selon eux, seuls 3000 à 3500 foyers fiscaux seraient concernés. Pour mémoire, en France, 99% des salariés à temps plein gagnent moins de 7 500 € net/mois soit 90 000 €/an (chiffres 2009 selon l’observatoire des inégalités).

Pour aider à fixer des ordres de grandeur de la population concernée, le patron du CAC 40 qui avait la plus grosse rémunération en 2011 gagnait 4,5 millions d’euros. Et en moyenne un dirigeant d’une société du CAC 40 gagne environ 2,5 millions d’euros.

Dans le monde du foot, les 10 joueurs de ligue 1 les mieux payés gagnent en moyenne 4,2 millions d’euros bruts par an.

Dans le monde du spectacle, Benjamin Castaldi, le mieux payé des animateurs télé gagnait en 2011 environ 1,3 million d’euros net par an.
Il n’y a qu’une dizaine d’acteurs français qui gagnent en une année plus de 1,5 million d’euros. De même parmi les chanteurs, ils n’étaient par exemple qu’une dizaine à gagner plus de 1,2 million d’euros en 2010.

Beaucoup de bruit…

En conclusion, beaucoup de bruit et de désinformation pour une mesure dont on ne sait pas encore si le porteur sera élu, la défendra vraiment, pour quelle durée, avec ou sans “aménagements”. Espérons que cette annonce aura au moins permis à chacun de réviser le fonctionnement des impôts en France…et de savoir s’il est plutôt de droite ou de gauche.

Pour aller plus loin

  • Un article du Monde qui décortique la mesure proposée par F.Hollande.
  • Un article d’Arrêt sur images sur le même sujet.
  • D’autres aspects de cette question mériteraient des billets séparés (qu’on ne vous promet pas du tout) : l’évolution du nombre de tranches : le passage récent de 11 tranches à 5 en France (mouvement parallèle dans les autres pays de l’OCDE). Les courbes étaient forcément plus lisses avec davantage de tranches. Difficile de comparer avec la situation actuelle…à cause de l’inflation qui est prise en compte pour définir les seuils des tranches.
  • Thomas Piketty propose une révolution fiscale et permet sur son site de placer votre revenu dans la distribution des revenus français, retrouver le revenu qui correspond à un percentile donné et surtout de simuler votre propre réforme fiscale.

A quoi servent les impôts ?

C’est une question importante qui fait partie des éléments qui peuvent servir à définir ce qu’être de gauche ou de droite veut dire (certains ont parfois du mal à se trouver)…