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La France a-t-elle eu l’Open Access Week qu’elle mérite ? #OAW #OAW13

Acte 1. Avant que n’éclate le #MSWgate

L’Open Access Week, ou semaine du libre accès, c’est, selon le site OpenAccessWeek.org « A global event, now in its 6th year, promoting Open Access as a new norm in scholarship and research. »

On voit dans la page About qu’il est attendu principalement que ce soient des financeurs de la recherche (l’ANR ou le MESR en France ?), des chercheurs, des administrateurs de la recherche, des éditeurs, des étudiants et des bibliothécaires/documentalistes qui l’organisent. D’après la page Wikipédia du projet, ce sont 2 associations américaines qui ont lancé le concept en 2007.

En France en 2013, l’Open Access Week s’est résumé en 1 événement à la FMSH (Paris), 1 à l’EHESS (Paris), 1 événement à l’UPMC (Paris) et 2 événements hors de France. Donc rien à l’échelon national, un événement principalement parisien.

Au premier abord, j’aurais pensé qu’en France un tel événement devrait être organisé par un collectif d’institutions/labos/unités de recherche, du type de ceux à l’origine de la pétition I Love Open Access.

Au lieu de ça, en France, l’OAW 2013 a été organisé par MyScienceWork (MSW), une entreprise qui enferme des articles en accès ouvert derrière une barrière d’inscription. Cela avait d’ailleurs déjà été relevé au mois d’août dernier par un documentaliste sur Twitter :

Cerise sur le gâteau, cette entreprise (MSW) initialement crée en France a récemment installé sa domiciliation fiscale au Luxembourg « tout en ayant une filiale à Paris » (pas forcément pour de l’exil fiscal, le Luxembourg est un beau et généreux pays : il a par ailleurs investi entre 1,2 et 1,5 millions d’euros selon les sources de MSW)

La crème sur la cerise sur le gâteau, ce sont les partenariats publics établis. D’après les logos en bas de page d’accueil,

Capture d’écran 2013-11-02 à 17.17.48

l’événement a pour partenaires de nombreux organismes publics et para-publics prestigieux :

OpenEdition, portail de ressources électroniques en SHS qui regroupe les 4 plateformes : (i) OpenEdition Books (livres), (ii) Revues.org (revues et livres), (iii) la plateforme de blogs Hypothèses (blogs de recherche) et (iv) Calenda, calendrier en libre accès de l’actualité de la recherche en SHS). L’ensemble est développé par le Centre pour l’édition électronique ouverte (le Cléo), un centre mixe CNRS-Université de Marseille-EHESS
– Le consortium Couperin, « de négociation et d’expertise des ressources documentaires électroniques de l’enseignement supérieur et de la recherche français. » (définition WP)
– Les Universités Pierre et Marie Curie (Paris) et du Luxembourg,
– L’URFIST, le service inter-académie de formation à l’information scientifique et technique,
– Le CCSD, unité propre de service du CNRS, qui développe dans l’esprit du libre accès les archives ouvertes Hal, la plateforme TEL (thèses en ligne) et Médihal, ainsi que la plate-forme Sciencesconf.org,
EDPSciences, une maison d’édition,
– L’Institut français, établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) qui a pour mission la promotion de l’action culturelle extérieure de la France
– La FMSH, Fondation Maison des sciences de l’homme, de statut associatif à sa création, mais fondation depuis l’année suivante [mise à jour le 16 nov. 2013, note 1], et servant un peu [mise à jour le 16 nov. 2013:] beaucoup de soutien et de coordinateur à de nombreux projets internationaux [mise à jour le 16 nov. 2013:] et pas seulement :)
– L’EHESS, École des hautes études en sciences sociales, de statut « grand établissement » de recherche et d’enseignement supérieur.

Enfin, le pompon sur la crème sur la cerise sur le gâteau, c’est que le site web de la semaine de l’OA en France (http://www.mysciencework.com/open-access-week) est hébergé chez MSW, au lieu d’un nom de domaine « neutre » et rassembleur où tous les partenaires puissent se reconnaitre, et c’est donc seulement cette entreprise qui a bénéficié du trafic généré par cet évènement.

Cela pose de nombreuses questions (je vous fais une synthèse de mes questions et de celles vues ici et là) :

[1] Est-ce que c’est MSW qui, partant de l’observation que les acteurs institutionnels légitimes n’arrivaient pas à se bouger, a décidé de proposer quelque chose et a ensuite réussi à les fédérer, ces derniers étant trop heureux de faire quelque chose « clés en mains », à moindre frais ; ou est-ce qu’une ou plusieurs de ces institutions a fait appel à la boîte, hors toute procédure adéquate, pour leur suggérer d’organiser la semaine, les assurant de leur soutien comme partenaire ? Les quelques questions posées en privé et sur Twitter à certains protagonistes n’ont pas permis d’y voir plus clair. Mais en privé, 2 sources indépendantes et proches de l’affaire, comme on dit, ont affirmé que l’EHESS était demandeur. Cette rumeur est démentie par un tweet assez étonnant [précision le 16 nov. 2013 : étonnant non pas pour le démenti, que je prends extrêmement au sérieux, mais sur l’appel personnel à l’organiser. Comme si là était le sujet.] de Pierre Mounier :

[2] Comment se fait-il que ces prestigieux acteurs de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’édition libre en France ont-ils eu « besoin » d’une entreprise franco-luxembourgeoise (MSW) pour organiser l’Open Access Week à Paris en 2013 ? Que l’entreprise franco-luxembourgeoise ait souhaité ces partenariats se comprend aisément, mais comment EHESS et FMSH ont-ils pu accepter un tel partenariat ? Par faute d’argent ? Par faute d’idée ?

[3] Enfin on peut se demander comment la décision du partenariat a été prise au sein de chacune des institutions sus-citées de demander/accepter d’engager des institutions publiques françaises dans une initiative privée franco-luxembourgeoise dont le fonctionnement est en contradiction avec les principes mêmes de l’open access ?

De façon cohérente (mais étonnante quand on voit la suite des événements), certains partenaires ont d’ailleurs affiché leur soutien (parfois individuel) à la semaine et le site MSW (en plus du logos sur la page), prêtant donc encore une fois de leur légitimité à l’opération :

Acte 2. Le #MSWgate

De son côté, Stéphane Pouyllau (SP), directeur-adjoint d’Huma-Num, la très grande infrastructure pour les humanités numériques, a été invité par MSW pour parler de digital humanities (humanités numériques en français) au cours de la semaine de l’OA. Il a accepté  et cela lui a permis de découvrir la plateforme de l’entreprise en question. Cette découverte a été pleine de surprise et il en a tiré un article très complet, qui offre notamment une session de consulting gratuit à l’entreprise qui saura, espérons-le, en tirer tous les bénéfices (plein de conseils à implémenter, 3 ans après avoir commencé à travailler sur la plateforme. Il n’est jamais trop tard pour se poser les bonnes questions et bien faire).

puis

et

SP ne mâche pas ses mots, il dit notamment que « le moteur de recherche de MSW […] – tout en se réclamant de libre accès […] – en malmène largement les principes ; voir construit son projet en privatisant de la connaissance en libre accès. »

et plus loin

« je trouve ces pratiques malhonnêtes et je dis qu’il s’agit de la privatisation de connaissances en libre accès. »

De son côté, Marin Dacos et n’hésite pas à parler de « vol » dans son commentaire du billet de SP et va jusqu’à dire :

« Avaler et republier des contenus qui ne sont pas placés en licence libre, c’est illégal, c’est du vol, pur et simple. Cela n’a rien à voir avec une quelconque jeunesse technique du projet. Peu m’importe, pour ma part, que les fichiers soient dans une zone d’accès restreinte aux membres. Ce qui doit cesser immédiatement est la republication sans autorisation des articles.
Il n’y a pas de rdv avec HAL qui tienne. A ma connaissance, les auteurs n’ont pas cédé à HAL une licence leur permettant de céder à leur tour les articles à un tiers, sous droit d’auteur ou sous licence libre. En l’absence de mention particulière, les articles appartiennent à leurs auteurs et à leurs auteurs seulement. »

Le billet de SP rencontre pas mal d’échos, à en juger par les riches commentaires et le fait qu’il est soit repris sur Twitter. Par Hubert Guillaud :

Par @Calimaq :

Les réactions

Des réponses de MSW commencent à arriver, mais elles sont largement insuffisantes et « locales »:

À cette occasion, les langues se délient plus généralement sur l’outil proposé par MSW et par les événements de l’OAW, voir par exemple :

ou

ou encore

ou aussi

Tandis que devant les pontes français de l’Open Access (comme Marin Dacos et Stéphane Pouyllau), MSW et ses dirigeants font des courbettes…

…ils n’hésitent pas à se lâcher pour les autres qui posent des questions :

ou :

Bien sûr, il y a çà et là des gens qui se disent choqués par les propos de la dirigeante de MSW :

ou

et

Les soutiens s’expriment cependant principalement en privé. Pourquoi n’osent-ils pas se montrer en public ? Ont-il peur des représailles ? MSW est-il si puissant et dangereux ?

Y a donc un moment où cela a complètement dégénéré, comme le signale également Stéphane Pouyllau :

Que s’est-il passé ?

Quelqu’un a une explication ? Qu’est-ce que cette gestion calamiteuse de mini-crise ? Quelles leçons doit-on en tirer ?

S’agit-il de « darwinisme entrepeunarial » (comme je l’ai reçu par dm par un ami chercheur  : « Elle est en mode Darwinisme entrepreunarial la cheffe. On la critique, elle mord. » ? Je prends les paris que dans les jours qui viennent MSW va prendre des contacts personnels avec Marin Dacos, Pierre Mounier et Stéphane Pouyllau pour essayer de désamorcer le #MSWgate qui n’a déjà que trop duré.

Mon problème n’est personnellement pas avec MSW mais avec la façon dont l’OAW a été mené en 2013 (ou pas, justement) par les institutions publiques impliquées dans l’Open Access : j’attendais plus de sérieux de leur part. Gageons que cet épisode n’est que la base d’un OAW 2014 dans l’esprit initial d’accès ouvert et de collégialité. Ceci dit, il faudrait faire attention car le modèle économique de MSW est basé sur le journalisme scientifique et la « mise en place prochaine d’un compte premium ». Il ne faudrait surtout pas que le travail d’ouverture entrepris par les institutions de recherche françaises finisse sous accès premium pour favoriser un retour sur investissement de l’État luxembourgeois.

P.S. Je n’ai pas pu participer personnellement à l’OAW 2013 malgré une invitation à y parler (au nom de Deuxième labo) donc je ne remets pas du tout en question la mise en œuvre de l’événement mais son insertion dans le tissu public existant et actif de l’Open Access en France.

Notes

1. C’est une lecture trop rapide des premières lignes de la page Wikipédia de la FMSH qui m’a induite en erreur. Et ceux qui me diraient « Mais enfin, ça s’appelle « Fondation… », c’est forcément une fondation », je connais trop bien le cas de la Fondation Sciences Citoyennes, de statut associatif pour m’arrêter à ça.

2. Je ne voulais pas blesser personnellement aucun des acteurs de cette histoire. Apparemment, ça a été le cas. Je les prie de m’excuser. Mais je leur pardonne pas d’avoir laissé des gens m’insulter publiquement sans réagir.

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Pourquoi l’ANR devrait ouvrir ses données sur la recherche française #opendata

Il y aurait tant de bonnes raisons qui devraient enfin convaincre l’ANR d’ouvrir ses données…j’ai fait le choix de ne donner la parole qu’aux chercheurs (et personnes proches de la recherche) sur Twitter. Quand tant de questions sont sans réponse, et que cela donne naissance à tant de spéculations, la seule solution est la transparence.

Morceaux choisis :

 

Quels outils numériques pour les SHS ? #enquête

(réponses organisées par fonction & publiées au fur et à mesure de leur arrivée) (dans xN, N est le nombre de fois qu’un outil à été cité, x est le signe multiplication :-)

(nombre total de personnes ayant répondu : 11. Merci à @SubstanceM, @Jean_no, @louije, @ephore, @fheimburger, @inactinique @thierrystoehr @mXli1, @infoclio, @lmerzeau, @spouyllau)

Pour des activités qui constituent le cœur de métier du métier

Pour gérer/annoter/partager sa bibliographique :

Zotero (x8), grand champion de cette consultation. Sans doute un bon ‘marqueur’ des biais de cette étude :)

Pour faire sa recherche bibliographique :

Jstor « a digital library of academic journals, books, and primary sources. » (voir aussi Affaire Swartz contre JSTOR et JSTOR sur Wikipedia)

Gallica « Plus de 2,5 millions de documents consultables et téléchargeables gratuitement : livres, manuscrits, cartes et plans, estampes, photographies, affiches, revues,  » (x3)

Google Book = Google Livres (voir la page Wikipedia, ne pas passer à côté des controverses, notamment avec la BNF, ici par exemple) (x2)

Cairn « Revues de sciences humaines et sociales en texte intégral. » (x2)

Isidore « Accès aux données et services numériques de SHS » (voir la page WP) (x2)

Archive.org « The Internet Archive, a non-profit, is building a digital library of Internet sites and other cultural artifacts in digital form. Like a paper library, we provide free access to researchers, historians, scholars, the print disabled, and the general public. »

Revues.org : « plateforme de revues et collections de livres en sciences humaines et sociales, ouverte aux collections désireuses de publier en ligne du texte intégral. »

Persée « Site de numérisation rétrospective de revues françaises en sciences humaines et sociales. Texte intégral en mode image et mode texte (OCR). »

– Sudoc « Le catalogue du Système Universitaire de Documentation est le catalogue collectif français réalisé par les bibliothèques et centres de documentation de l’enseignement supérieur et de la recherche »

Pour l’archivage (oui ! certains chercheurs y pensent) :

– HAL-SHS (x2) « destinée au dépôt et à la diffusion d’articles scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, dans toutes les disciplines des sciences humaines et de la société. »

Pour des activités non spécifiques des chercheurs

Envoyer/recevoir des mails :

– Thunderbird (libre et gratuit) (x2)

Navigateur web :

– Firefox (libre et gratuit)

Traiter du texte :

– LibreOffice, OpenOffice (x2), Word ; ReText (éditeur plain text/mark-up) ; Emacs orgmode ; LaTeX

Veiller sur les sujets d’intérêt :

– Un lecteur de flux RSS (feu Google Reader, à remplacer par Feedly ?)

– Twitter \o/

Traiter des photos :

– Gimp (alternative libre et gratuite à Photoshop)

Réseaux sociaux :

– Twitter (x4) (3 des 4 personnes qui l’ont cité n’ont pas précisé pour quelle fonction, alors je l’ai mis dans la meaningless catégorie de « Réseaux sociaux » (qui n’est pas un usage mais en permet de très nombreux)

Créer son blog :

– WordPress

Rechercher de l’information (et la compléter/organiser/corriger etc. ) :

– Wikipedia

Prendre des notes :

– Evernote « pour gérer mes lectures, notes en conf, notes en réunion et tout classer avec des tags » (x2)

Lire de façon « asynchrone et organisée » :

Instapaper « A simple tool for saving web pages to read later on your iPhone, iPad, Android, computer, or Kindle. »

Programmer :

– Un langage de programmation (x2) (Processing « …an electronic sketchbook for developing ideas. »,…) ; Arduino « Open-source electronic prototyping platform allowing to create interactive electronic objects. »

Parler à sa machine :

– Un shell

Pour visualiser un réseau :

– Gephi «  interactive visualization and exploration platform for all kinds of networks and complex systems, dynamic and hierarchical graphs. Libre et gratuit.

Pour faire de l’analyse de texte et plus encore

– Iramuteq : « Interface de R pour les Analyses Multidimensionnelles de Textes et de Questionnaires »

Quelques réponses qui donnent des « visions » du travail de chercheur :

Il me semble pouvoir lire dans ces 2 réponses, une façon de décrire de façon très synthétique le travail du chercheur en SHS :

Cette proposition me fait me dire qu’une façon de définir le travail du chercheur en SHS est le trio « lire les autres, écrire soi-même et diffuser ses travaux ». Dans la suivante, on pourrait dire que le travail de chercheur peut se définir par le trio « écrire, lire, coder » :

(Louis-Jean qui précise plus loin « et en l’occurrence, sur Mac, je dirais TextMate, BibDesk et Ruby »)

De la matière à réflexion !

 


Note : évidemment j’ai demandé à Twitter de NE PAS intégrer mon tweet auquel répondent mes correspondants, mais cocher ou décocher la case ne modifie pas le code à inclure, et intègre dans tous les cas mon tweet. Si vous avez une solution, je suis preneuse)

Un séminaire sur la recherche en 2014

Migraine => réveil => cerveau qui mouline : aujourd’hui, c’est tombé sur la recherche et les questions que j’aimerais me poser à partir de la rentrée prochaine. Demain, ça tombera sur quoi ? => se lever, écrire, publier, se recoucher.

Bottom line

Interroger la recherche, ses pratiques, ses méthodologies, en ces temps de fortes turbulences (y-a-t-il eu un moment sans turbulences dans l’histoire de la recherche ?)

La recherche à l’ère des données

Quelles sont les conditions (pratiques, légales, éthiques) de l’ouverture des données de la recherche ? De quelles (types/format de) données s’agit-il selon les disciplines ? Quelle réutilisation possible des données par les chercheurs (quelles méthodos, quels problèmes, quelle pertinence) ? Que faire des gros corpus de données ? Big data = big problems ou big solutions ? Comment constituer des corpus intelligents, y compris à partir de données non initialement pensées pour la recherche (le bel exemple des données de google sur les utilisateurs, dont on peut par exemple tirer les tendances de la grippe saisonnière et bien plus encore) ?

Le crowfunding de la recherche / qui doit payer pour la recherche ?

Quelles conditions, quels risques, quels écueils ? Quelles différences selon les disciplines ? Qu’est-ce que ça veut dire de la recherche et de son fonctionnement (le financement, c’est pas un détail, c’est la condition d’existence de toute chose). Partir de l’analyse de cas réels : de plateformes en fonctionnement et projets financés.

Les outils informatiques et web pour la recherche

Les outils personnels…qui s’interfacent avec les outils des autres. Un exemple classique : faire sa biblio…et en faire profiter qui veut. A quels autres activités peut-on étendre ce fonctionnement ? Les outils permettant la collaboration (à distance, de façon traçable, ..). Quelle articulation entre plein de petits outils sympas mais très spécifiques/spécialisés ?

La recherche et les non-chercheurs / la recherche participative, etc.

Quelle place pour les non-chercheurs (ou les chercheurs non professionnels) dans l’effort de recherche ? Quels outils, quels projets ? Citizen science, expertise profane : quel rôle pour les citoyens non chercheurs ?

Les digitial humanities/humanités numériques

Des humanités non numériques vont-elles continuer à exister (pourquoi, comment) ? Qu’allons-nous faire des chercheurs qui restent sur le bord de la route ? Quelle signification de cette « numérisation » dans la longue histoire des humanités ?

La recherche et les hackers/le hacking de la recherche ?

Si hacker c’est bidouiller, repousser les frontières et libérer/rendre public, quelles différence avec la recherche ? Quelles collaborations possibles ? Quelles pierres d’achoppement ?

(un peu à côté) Pourquoi tellement de bêtises sont dites autour du hacking de la biologie/ »DIY biology » (j’y suis forcément plus sensible…) ? Ouvrir sans pour autant dire n’importe quoi est-il possible ?

La recherche et l’enseignement

Que penser d’une recherche coupée de l’enseignement (le cas dans les EPST) et comment envisager un enseignement supérieur sans recherche (le cas des prépas et partiellement des écoles d’ingénieur) tandis que recherche et enseignement supérieur ont fait un si long chemin ensemble dans le cadre de l’Université (au sens universel, depuis le début de l’institution, et dans le monde entier) ? Faire intervenir Yves Couder car il a de belles histoires à raconter sur le rôle de l’enseignement dans sa recherche.

Que peut apporter la recherche à l’éducation des enfants ? Ce qui est pertinent est-il les résultats de la recherche ou la méthodologie ? Partir d’exemples concrets.

L’articulation expérience, modélisation et théorie

On ne peut plus choisir, on doit articuler les différentes démarches. Comment, selon la discipline et le degré d’avancement de chacune des approches. Comment se retrouver autour de questions communes, comment articuler les méthodologies pour faire avancer le schmilblick.

Notes sur la forme de ce document

Il me faut un outil qui me permette de publier au fur et à mesure mes pensées. Sans avoir à choisir en amont un outil de publication (aujourd’hui, j’écris dans Twitter, dans Tumblr ou dans WordPress ?). Qui enregistre et rend accessible tous les logs/mises à jour/modifications/commentaires… Comment articuler la prise de notes au fil de sa pensée et sa publication en ligne ?

Comment supporter que publier sur WordPress (par exemple) ne permette pas d’intégrer des commentaires dans le paragraphe même dont il est question (comme dans Word ou un google doc) ? Comment supporter que seuls les Pads permettent de savoir qui a écrit quelle ligne (couleur différente) mais ne permettent pas d’intégrer des commentaires en marge ? Comment accepter qu’il faille choisir un de ces outils et qu’on ne puisse pas disposer de ces différentes fonctions en même temps dans un outil libre de son choix ?

Org-mode fait-il partie de la solution ? Aurais-je le niveau de technicité suffisant (et la persévérance) pour en faire un outil qui réponde à certains de ces besoins ?

Note sur l’usage de ce document

A voir plus tard. Toujours à la recherche d’un espace où je puisse tenir salon (avec des invités !), mon salon est trop petit et le local sur lequel je lorgne pour Deuxieme labo depuis des années ne m’échoit toujours pas.

« Qui sont les plus grands scientifiques français vivants ? », me demande-t-on… #BientôtUnArticleIci

C’est encore une histoire qui commence par un tweet. Le tweet de départ a été effacé, mais on comprend l’idée avec les échanges qui ont suivi :

Quand j’ai arrêté de poser des questions et que j’ai accepté de me poser la question, voici les noms qui me sont spontanément venus dans la minute :

Bruno Latour
Pierre Sonigo
Pierre-Henri Gouyon
Michel Morange
Francoise Héritier
Dominique Méda
Yves Couder
Nilüfer Göle
Henri Atlan
Soraya Boudia
Nathalie Jas
Eric Fassin
Christine Delphy
Jean-Marc Lévy Leblond
Nadine Peyriéras
Priscille Touraille
Martin Andler
Le frère de Mathias Théry

Je vais argumenter chacun des noms. Et en rajouter quand ils me viendront peu à peu. Pas sûre que l’ordre soit à l’image précise de l’estime que j’ai pour ces gens dont je connais personnellement la plupart. Les biais sont énormes. Biais de remémoration car j’ai écouté Latour ce matin même. Biais de proximité disciplinaire (de Latour je suis passée à S. Boudia, d’elle à N. Jas, etc.).

Si je ne commence pas à publier les choses quand elles viennent, je ne les publie jamais. Alors maintenant, j’essaye cette modalité. Si c’est trop frustrant, faites-le savoir, je ferai un effort.

3ème twit-apéro autour des sciences humaines et sociales #TASHS

Ayé,

on a trouvé un lieu : le Café de l’Industrie, 16 rue Saint Sabin à Paris :

on se retrouve ce jeudi 12 juillet,

pour parler redressement productif et le rôle crucial que les SHS pourraient y jouer,

ou pas.

Ici bas, vous pouvez annoncer que vous venez, ou dire que vous voulez être au courant des prochains rendez-vous (on dit tous les ans qu’on aimerait se voir avant dans un an…), proposer des sujets polémiques, faire des hypothèses sur les prétextes ayant fait éliminer les autres cafés-candidats et se fixer sur l’industrie, etc.

À jeudi ! 19h !

Les biologistes et leurs organismes modèles… #absurdeinside

On me demande parfois pourquoi j’ai arrêté la biologie.

Voilà, pour ceux qui comprendront, un élément de réponse (( les éléments sont nombreux, si j’attends de les rassembler tous pour faire un joli papier complet, on n’est pas sortis, et vous le savez )):

(texte complet ici)

Aussi loin que je me souvienne, ce genre de phrases (et donc de dispositifs expérimentaux) m’ont paru absurdes. Je n’ai jamais été suffisamment la tête dans le guidon pour y croire. On m’a souvent reproché (ou alors c’est moi qui sentais qu’on me reprochait, dans le milieu de la recherche) de ne pas décider si j’étais « dedans ou dehors, il faut choisir » (référence à Schneidermann/Plenel). Et tant que la mentalité dominante et celle-ci, j’ai fait mon choix (et je suis HEUREUSE).

En fait, peut-être que je déforme mes souvenirs. Je n’ai pas dû d’emblée trouver ce genre de dispositifs absurdes. Essayer de comprendre comment marche le récepteur humain en clonant le récepteur de poisson dans une levure. Je pense que la biologie qu’on apprend en prépa puis à la fac ne m’avait pas tout à fait préparée à trouver ce genre de dispositifs courants et anodins, que j’ai donc eu un temps d’adaptation quand je suis arrivée en DEA dans le labo où j’ai commencé à faire de la recherche, et donc, lire des articles scientifiques décrivant ce type de dispositifs et ce qu’on peut en tirer d’informatif…

Pour finir, un extrait de la discussion provoquée sur twitter (en attendant les vrais bons outils qui vont permettre de correctement visualiser les discussions…) :

Ma vie de chercheuse

Antoine Trouvetout vient de mettre la main sur cette interview de moi.

 

Dont voici le texte intégral ici :

Quel métier exercez-vous ?

Je suis chercheuse.

Que faites-vous  au cours d’une journée?

Je suis devant mon ordinateur presque toute la journée, pour interroger des bases de données, faire des calculs, des représentations graphiques. Je participe à des réunions sur de nouveaux projets, à des discussions, je corrige des projets, des manuscrits. Je donne ou j’écoute des conférences, j’effectue des présentations devant l’équipe. Je lis de la bibliographie, j’en discute avec les autres membres de l’équipe. Je rédige des manuscrits. J’organise des congrès ou des écoles pour les chercheurs. Je lis la presse, aussi. Sans compter les pauses avec les collègues !

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ? Cela correspondait-il à vos centres d’intérêt ?

Je souhaitais chercher, me poser des questions, ne pas me satisfaire de réponses toutes faites. J’avais envie de travailler en équipe, de faire avancer les questions sur la santé des humains. Je voulais être la référence dans un domaine (je n’y suis pas du tout encore ;-).

Qu’aimez-vous particulièrement dans votre métier ?

J’apprécie de travailler en équipe, de me poser des questions, d’approfondir, d’argumenter. J’aime essayer de résoudre des problèmes, me demander comment. Pour cela je vais voir comment ont fait les autres, je fais des analogies et vois si elles m’aident à avancer.

Quelle harmonie avec votre vie personnelle ? Vos loisirs, hobbies.

Mes horaires sont lourds mais plutôt libres.

Quelle formation avez-vous suivi pour y parvenir?

J’ai été en classe préparatoire, puis à la fac. J’ai fait une thèse.

Quels conseils donneriez-vous à des étudiants?

J’en ai beaucoup, il m’est difficile de les résumer ici :

-Ne pas hésiter à prendre des sentiers parallèles (ou perpendiculaires).

-Ne pas se laisser autoriser ou interdire des choix, ne pas se laisser impressionner.

-Se faire confiance (c’est très dur, mais c’est un organe qui se muscle comme beaucoup d’autres).

-Aller discuter avec des gens qui font des métiers qui pourraient vous intéresser, traîner auprès d’eux, les interviewer, les observer.

-Faire le maximum de stages, non pas pour être admis dans une formation ou une filière, mais pour choisir ce qui vous plait et rencontrer des gens différents qui ont des approches différentes (du même métier).

-Essayer, dans la mesure du possible, de faire des choix qui ferment le moins de portes.

-Se rappeler que tout est toujours possible, même si on vous dit le contraire.

-Chercher, jusqu’à les trouver, des gens avec qui vous avez envie de travailler.

-Essayer rapidement de monter sa propre équipe pour choisir les gens avec qui vous avez envie de travailler (et être libre de beaucoup de choix…mais en ayant beaucoup de responsabilités).

Dernière modification : 10/06/2008

 

Deux ans après, j’assume tout (encore heureux), malgré la naïveté du ton. Antoine voit dans le dernier point (un peu à part dans la liste où il se trouve) une annonce prémonitoire. J’aurais tendance à le suivre (comme je l’ai suivi dans l’aventure Deuxieme labo).

 

Mais j’adorerais avoir vos commentaire. Comme toujours.

 

Notamment sur ma « méthode scientifique » à base d’analogies et de recontres, pas forcément super orthodoxe. Et je dis ça le lendemain de la projection de l’extraordinnaire film de Mathias Théry La vie après la mort d’Henrietta Lacks (comment ça je fais toujours arriver à ça ?) à des lycéens et du débat qui a suivi sur le rôle (décrié) de l’analogie (chère à Manuel Théry tel qu’on le voit dans ce film)…À suivre !

 

p.s. cette interview a été réalisée pendant ma 2e vie de chercheuse, en santé publique à l’Institut Pasteur (mai 2007-novembre 2008). La première étant à l’INRA sur la génétique de la Tremblante. Et la 3e à partir de janvier prochain au sein de RITME avec Nathalie Jas et Didier Torny. Can’t wait !